Le traité de ʿAbdī Effendī al-Busnawī

BusnawiJosef Dreher, Matāliʿ al-nūr al-sunnī al-munbī’ ʿan tahārat nasab al-nabī al-ʿarabī. Le traité de ʿAbdī Effendī al-Busnawī, collection Textes arabes et études islamiques, 51, Le Caire, Presses de l’IFAO, Le Caire, 2013, 166 + XVIII p.

Le sort des parents du prophète Muḥammad dans l’éternité occupa de nombreuses générations de savants musulmans et de simples croyants. Āmina et ʿAbd Allāh étaient morts avant le commencement du message de leur fils, c’est-à-dire qu’ils moururent pendant la Gāhiliyya, le temps de l’ignorance, en païens. L’intérêt des premiers convertis à l’islam pour leur destin dans l’au-delà relevait certainement moins d’une curiosité intellectuelle que du souci de savoir quel serait le sort de leurs propres parents, eux-mêmes morts avant de connaître la seule doctrine garantissant l’accès au Paradis. Un ḥadiṯ sans pitié condamne à l’enfer tous ceux qui meurent sans être musulmans, y compris les parents du Prophète. Il relève de la collection de traditions de Muslim, reconnue comme une autorité orthodoxe et incontestable. « Ton père et mon père sont en enfer » aurait dit le Prophète à un bédouin. Avec le temps cette position trop rigoureuse a été ressentie comme insupportable par 1’umma. Des traditions moins sévères ou évitant une réponse univoque apparurent, et des savants disposant d’une érudition étendue comme al-Suyūti ont cherché partout des traditions faisant valoir des circonstances atténuantes à ces païens malgré eux. Reste la question de savoir comment le plus pur des êtres créés, le prophète Muḥammad, pouvait provenir de la « saleté des polythéistes » (S. 9, 28). Ce problème suscita de grandes discussions à Istanbul pendant la première moitié du XVIIe siècle. Le célèbre bibliographe contemporain des événements, Ḥāggi Haiffa (Kâtip Çelehi, 1609‒1657), rend compte de ce débat dans son autobiographie La balance de la vérité. Un autre contemporain, ʿAbdī Effendī (1584‒1644), cheikh de la Bayramiyye et écrivain de l’école spirituelle d’Ibn al-ʿArabi, a introduit un nouvel élément dans la discussion, le Nūr Muḥammad, une substance lumineuse, l’essence prophétique que Dieu a déposée dans le corps d’Adam, le premier prophète, et qui se transmit de génération en génération pour arriver finalement chez ʿAbd Allāh, le père du dernier prophète. Ainsi, il y avait toujours quelqu’un au monde qui gardait le tawḥīd contre toute tentation de polythéisme.

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