Fécondité de la métaphore linguistique de George Lindbeck

Rémi Chéno, « Fécondité de la métaphore culturo-linguistique de George Lindbeck en théologie des religions », dans : Thomas Alferi, Fred Poché, Frédérique Poulet (éd.), Langage et religion. Vers un nouveau paradigme ?, Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, 2017, ISBN : 978-2-86820-542-1, pages 79-95.

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Portail des Bibliothèques d’Orient

icon-calendar 2017 ‒ 2019

bnfLa Bibliothèque nationale de France, dans le cadre de ses programmes internationaux de numérisation partagée, a lancé le projet d’un nouveau portail numérique intitulé « Bibliothèques d’Orient » pour la sauvegarde, la numérisation, la diffusion et la valorisation du patrimoine des bibliothèques francophones de l’Orient méditerranéen.

La Bibliothèque de l’Idéo a été sélectionnée pour participer à ce portail, qui est consultable sur Gallica depuis le 12 septembre 2017.

Le corpus porte sur les pays bordant la côte orientale de la mer Méditerranée : le Liban, la Syrie, Israël, la Palestine, la Jordanie, l’Égypte, la Turquie, auxquels s’ajoute l’Irak. Il s’articule autour de grandes périodes liées à l’histoire de la région : archéologie orientale ; Églises d’Orient ; Empire ottoman ; relations franco-arabes de Napoléon Ier à la 2e guerre mondiale/question d’Orient.
La volumétrie, pour la première étape, est estimée à 5 000 documents du domaine public dont 2 500 pour la BnF et 2 500 pour les partenaires : imprimés, manuscrits, cartes et plans, photographies, affiches, images et, à terme, documents sonores et audiovisuels.

Les partenaires du portail des Bibliothèques du Levant

La participation de la Bibliothèque de l’Idéo

Le fonds spécialisé de l’Idéo concerne le patrimoine arabo-musulman des dix premiers siècles de l’Hégire. Il faut donc y trouver en priorité les éditions de textes des auteurs arabo-musulmans. La section  icon-tags 9 s’intéresse au spectre général de la culture arabo-musulmane. On y trouve non seulement les sciences religieuses, mais aussi la littérature profane ou l’histoire des sciences. La bibliothèque de l’Idéo possède 11 510 ouvrages dont la date de publication se situe entre 1800 et 1945.
Parmi les 1 404 périodiques que la bibliothèque de l’Idéo conserve aujourd’hui, 964 sont en langues européennes et 440 en langue arabe. Seuls 286 sont vivants dont 171 en langues européennes et 115 en arabe. La bibliothèque compte 87 titres de périodiques arabes publiés entre 1800 et 1945.

Ce sont la littérature arabe, le soufisme et l’histoire qui domineront le corpus que la Bibliothèque de l’Idéo apportera au portail.

Qu’est-ce que commenter en Islam ?

Les articles rassemblés dans le MIDÉO 32 reprennent la plupart des contributions présentées au colloque organisé par l’Idéo les 14, 15 et 16 janvier 2016 au Caire sur le thème « Les sciences de l’islam, entre répétition et innovation : qu’est-ce que commenter en islam ? » qui concluait le Projet des 200.

La question du commentaire est en effet devenue incontournable au point d’être considérée comme le mode par excellence de l’activité intellectuelle (Ṣāleḥ). Les articles ici rassemblés permettent une confrontation aux sources afin de vérifier la pertinence de la grille des fonctions du commentaire identifiées par Wisnovsky et contribuent à une meilleure connaissance des auteurs du patrimoine arabo-musulman. Le volume intègre aussi un article important de théologie des religions du P. Rémi Chéno, un article sur l’épistémologie théologique d’Ibn Ḥazm de Cordoue et présente enfin les enjeux de la « Déclaration de Marrakech » du 27 janvier dernier.

Cliquer ici pour accéder aux articles.

Rationalité et affectivité dans les discours religieux et extrémiste : l’exemple de la fraternité

Séminaire mixte Azhar-Idéo

icon-calendar 25 mars 2017

Le samedi 25 mars a eu lieu la deuxième rencontre entre l’Idéo et le DEIF (Département des Études Islamiques en Français) à la faculté des langues et traduction (garçons) de l’université d’al-Azhar. La rencontre traitait de « la rationalité et l’affectivité dans les discours religieux et extrémiste, l’exemple de la fraternité » et approfondissait ainsi le thème de l’extrémisme lancé lors de la première rencontre en abordant une valeur religieuse précise, la fraternité.

La première intervention, faite par Hazem al-Rahmany, étudiant du DEIF, consista en deux points : un tour d’horizon de l’appel à la fraternité universelle dans les textes fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l’islam, appel cosmique mis en regard avec les discours institutionnels actuels. Si ceux du Vatican (Jean-Paul II, François) ou des cheikhs d’al-Azhar (Aḥmad al-Ṭayyib, Muṣṭafā al-Marāġī) vont dans ce sens, les organisations extrémistes comme Daesh se caractérisent au contraire par une fraternité restrictive excluant les mécréants étrangers et même les membres de la famille biologique.

La deuxième intervention fut le fait de Hind Amin, assistante à la faculté des sciences humaines et détentrice d’un magister de traduction effectué à partir de l’ouvrage Le terrorisme d’Arnaud Blin. Hind se concentra sur la question : le discours religieux engendre-t-il l’extrémisme ? Elle a exposé quatre mécanismes du discours religieux : (1) amalgame entre religion et pensée, (2) retour à un principe premier universel, (3) fondement sur des ancêtres sacralisés et (4) utilisation d’affirmations péremptoires ou arguments d’autorité. Puis Hind a proposé une thèse : le discours extrémiste trouve son origine dans les idéologies révolutionnaires du XXsiècle reprises par les mouvements de décolonisation. L’islamisme se situe dans cette continuité historique générale enrichie de causes spécifiques au monde arabe (question palestinienne, révolution iranienne, invasion soviétique en Afghanistan).

La troisième intervention a vu parler Rémi, membre de l’Idéo. Il a proposé sur la fraternité une étude historique de ses usages en Occident depuis son origine grecque contenant déjà la dualité entre limitation à une communauté (la cité) et universalisme (chez les stoïciens puis néo-pythagoriciens), ses développements chrétiens qui, des relations dans une « maison de l’esprit », appel à une « nouvelle création », ont vu le sens de la fraternité se recroqueviller sur les communautés chrétiennes jusqu’aux seules congrégations. La notion a subi alors la critique de Luther qui ne réussit cependant pas à la ré-universaliser, en restant à une « fraternité sainte dans le baptême ». C’est le piétisme de Johan Arndt qui, au XVIIe, revient à une fraternité spirituelle, celle qui sera sécularisée par les Francs-Maçons et la Révolution française. Rémi a alors proposé une théologie chrétienne de la fraternité : par distinction d’un amour fraternel originaire, il se fonde sur les querelles fratricides de la Bible pour montrer que cet amour n’est pas originel mais toujours à construire, qu’il est une réalité du Royaume des cieux à laquelle il convient de se préparer en la construisant. Rémi a alors pu proposer le point dirimant qui détruit la fraternité en nationalité : le discours religieux affirme la fraternité comme une grâce divine qu’il convient de réaliser partout, le discours extrémiste la détient et la distribue sélectivement.

La discussion qui s’ensuivit fut très riche et, de l’aveu de tous, plus approfondie et critique, signe de la construction d’une véritable réflexion commune. Un des points de césure fut l’érection ou non de la fratrie comme modèle de la fraternité : l’amour fraternel est-il une origine à retrouver ou constitue-t-il un horizon eschatologique ? Caïn est-il empreint par nature de haine envieuse ou celle-ci est-elle une perturbation d’une pureté originelle de la fratrie ? les frères sont-ils dans une relation d’amour ou de nécessité ? Faut-il alors vraiment poser la fraternité comme le modèle de la relation d’amour universel ? N’y a-t-il pas un oxymore dans la prétention à une fraternité universelle, sachant que la solidarité qu’elle exige risque alors d’être totalement dissoute ? La référence à la famille originaire que suppose l’idée de fraternité n’est-elle pas, comme l’idée de patrimoine, un conservatisme craignant d’affronter la modernité qui suppose au contraire l’auto-fondation du sujet pensant et de la communauté politique ?

L’extrémisme : historique, définition et diagnostic

Séminaire mixte Azhar-Idéo

icon-calendar 18 février 2017

La première rencontre sur la question de l’extrémisme, organisée dans le cadre de la collaboration entre l’université d’al-Azhar et l’Idéo, avait pour thème « l’extrémisme : historique, définition et diagnostic ». Tout s’est déroulé en français et la matinée de travail a été suivie d’un déjeuner au couvent.

Mohammed Ashraf (doctorant de la Faculté des garçons de Langues et traductions) a présenté plusieurs définitions tirées de dictionnaires et de centres de lutte contre la radicalisation. L’extrémiste a la conviction d’avoir la vérité absolue, et est prêt à recourir à tous les moyens pour l’imposer. Il manifeste une incapacité à accepter d’autres opinions et remet en question la norme socialement acceptée. L’extrémisme est donc un phénomène relatif. Ce qui est jugé extrême dans un contexte ne le sera pas dans un autre contexte. Toute réforme est extrémiste en ce sens qu’elle remet en cause un équilibre social et religieux. En tant qu’il bouscule l’équilibre social de la Mecque, le Prophète peut être qualifié d’extrémiste. Le problème de l’extrémisme n’est donc pas tant son potentiel réformateur que son potentiel de violence.

Pacynthe el Hadidy (maître-assistante de la Faculté féminine des Sciences humaines) a soulevé des questions similaires : si l’extrémisme consiste en l’éloignement par rapport à un centre, qui définit ce centre ? Toute doctrine génère ses extrémistes, que ce soit en politique, en économie, en religion. Le problème principal de l’extrémisme est dans le passage à l’acte violent, mais même dans ce cas, tout est question de point de vue. Les résistants des uns sont les terroristes des autres. L’extrémiste qui commet un acte violent se sent autorisé à faire le mal pour un bien supérieur. Le potentiel de violence que contient l’extrémisme repose souvent sur une déshumanisation de l’adversaire, un refus du dialogue, un sentiment d’impuissance ou de désespoir face à la situation.

Guillaume de Vaulx (chercheur à l’Idéo) a opté pour une approche plus philosophique. Il est parti de la définition suivante du concept d’extrémisme : « déviance à une norme sociale qui se fait au nom de la norme même ». Cette définition contient en son sein le problème : comment lutter contre cette déviance qui se prétend la plus normale ?
Trois attitudes sont possibles :

  1. Dénonciation de l’extrémisme de l’action (la valeur qui sert de norme n’est pas touchée).
  2. Dénonciation de l’hérésie de l’interprétation qui la fonde (l’interprétation orthodoxe de la valeur qui sert de norme est précisée).
  3. Dénonciation de la valeur elle-même et révolution sociale refondant les normes.

Ainsi, sur le nationalisme, pour reprendre l’exemple pris par Pacynthe, on peut s’interroger : le meurtre d’Isaac Rabin est-il juste un acte extrémiste ? le fait d’un sionisme religieux à dénoncer contre le sionisme laïc des fondateurs ? une preuve de l’invalidité même du sionisme (et de tout nationalisme) ?

À cette analyse sociologique, a succédé un questionnement philosophique : avec la première attitude, l’extrémisme signifie que les valeurs ne sont pas des idéaux mais des juste milieux. On retrouve ici l’opposition de l’aristotélisme au platonisme. Cela implique que la valeur n’est pas bonne en soi, qu’on ne doit pas la cultiver intensément (alors que la beauté, la vérité, etc sont des absolus auxquels on tend, sans excès possible), bref, la valeur est dévalorisée. D’où l’appel de Guillaume à repartir des idéaux pour nos séances de travail (la vérité, la piété, etc sont des absolus).

La discussion qui a suivi ces trois exposés a porté sur les questions suivantes : comment évaluer l’ordre social ou religieux établi et mesurer ce qui s’en écarte à l’extrême ? Est-ce que le passage à l’acte violent est le seul problème ou bien faut-il s’opposer aux extrêmes non violents ? Une définition de l’extrémisme est proposée par Guillaume : « L’extrémisme est une déviance de la norme (religieuse, sociale, économique, politique…) faite au nom de cette norme même qu’il souhaite promouvoir à l’extrême. Ce faisant, l’extrémisme force la norme a reconsidérer ses propres idéaux, face au potentiel de violence qu’ils peuvent manifester quand ils sont poussés à l’extrême. »

La prochaine rencontre est fixée au samedi 25 mars prochain à 10 heures à la Faculté des langues et traduction.

Dieu au pluriel : Penser les religions

Rémi ChénoDieu au pluriel : Penser les religions, Paris, Éditions du Cerf, 2017, 160 pages.

Le mari de mon coiffeur est dingue du dalaï-lama tandis que lui-même ne jure que par Mgr Lefebvre. Ma femme s’initie à la Kabbale avec les copines de son cours de Yoga. Mon fils, polytechnicien, fréquente une mosquée salafiste dans le 9-3 après avoir essayé le Mont-Saint-Michel, le Mont Athos et le Mont des Oliviers. Nous tous, nous vivons « aux éclats ».
Le pluralisme est la face visible de la mondialisation. Le fait religieux n’y échappe pas. Certains dénoncent le supermarché des croyances et le bricolage religieux. Peut-être. Mais quel sens donner à cette confluence au regard de la foi dans le Dieu unique qui intervient dans l’histoire pour sauver tous les hommes ? À la cacophonie de Babel répond la symphonie de la Pentecôte. C’est joyeusement que Rémi Chéno nous enseigne à accueillir théologiquement la différence qui n’abolit pas la vérité, mais la transfigure.
Un livre dérangeant parfois, surprenant souvent, donnant à penser toujours. Une célébration de l’inconfort glorieux de s’inscrire dans les pas de Celui par qui tout est.

 Acheter ce livre sur le site des Éditions du Cerf.

Coopération avec l’Université d’al-Azhar

Le 27 novembre 2016, nous avons eu la joie de signer enfin un accord-cadre de coopération avec l’Université d’al-Azhar, les deux départements francophones des facultés de Langues et traduction (garçons) et de Sciences humaines (filles). Des négociations étaient en cours depuis le mois de mars 2015. L’amitié et la persévérance des étudiants et des enseignants a eu raison des réticences administratives et idéologiques. Nous allons maintenant pouvoir organiser des activités en commun.

Le 11 et le 14 janvier 2017 ont eu lieu les deux premières réunions du comité de pilotage de l’accord de coopération entre l’université d’al-Azhar et l’Idéo. Nous nous sommes mis d’accord pour organiser un séminaire mensuel sur l’extrémisme : historique, définition et diagnostic. Nous voudrions, dans un second temps, planifier des activités communes pour essayer de relever ce défi de l’extrémisme.

La conception de la vérité dans le Darʾ taʿāruḍ al-ʿaql wa-l-naql d’Ibn Taymiyya

ibn-taymiyyaSi l’histoire du concept de vérité reste à écrire, nul doute que la « période axiale » mise en avant par Karl Jaspers1 y jouerait un rôle central. Plus précisément, elle soulignerait l’apparition presque simultanée de deux conceptions de la vérité distinctes, mais qui partagent une même prétention exorbitante à l’exclusivité universelle. La science grecque se donne comme objet de distinguer le vrai du faux, quand la théologie biblique présente un Dieu vrai par opposition à tous les autres.

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