Du marché scolaire libéral à l’Égypte en mouvement

Frédéric Abécassis

Directeur des études de l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) au Caire

icon-calendar 16 octobre 2018

La diversité des thématiques (le marché scolaire dans l’Égypte libérale, les systèmes de circulation en Égypte et au Maroc, les migrations musulmanes et juives au Maghreb) est traversée par la question des processus de construction communautaire, comme protection devant l’extension de l’économie marchande dans la société libérale.

 L’héritage d’al-Fārābī (m. 339/950) dans la pensée philosophique en Andalousie

Aziz Hilal

Professeur en philosophie arabe

icon-calendar 3 octobre 2018

Muḥammad ʿĀbid al-Ǧābirī (m. 2010) soutenait l’idée d’une coupure épistémologique entre la pensée philosophique entre l’orient et l’occident arabes. La pensée en orient aurait sombré, surtout avec Avicenne (m. 428/1037), dans le gnosticisme, voire l’irrationalisme. Celle de l’occident arabe aurait marqué l’aboutissement de la tradition rationaliste en terre d’islam, en particulier avec Ibn Bāǧǧa (m. 533/1139) et Averroès (m. 595/1198). Cette vision simpliste oublie l’influence qu’al-Fārābī (m. 339/950) a eue en Andalousie. Cette influence se manifeste clairement dans la philosophie politique d’Ibn Bāǧǧā, en particulier dans son traité Tadbīr al-mutawaḥḥid, dans le commentaire de la République de Platon par Averroès, ou encore dans le traité Ḥayy b. Yaqzān d’Ibn Ṭufayl (m. 581/1185). Bien que celui-ci se déclare avicennien dans son traité et n’hésite pas à critiquer — de manière injuste — al-Fārābī, on peut affirmer qu’il existe entre Ḥayy b. Yaqzān et la pensée d’al-Fārābī une identité de propos et de structure. Ibn Ṭufayl est tellement redevable à la philosophie politique du « second maître » que cela rend bien étrange le traitement expéditif qu’il lui réserve dans l’introduction de son traité.

Ce qui compliquait la réception d’al-Fārābī en Andalousie, c’est qu’il croyait encore, comme tout l’Orient, que le traité connu sous le nom de Théologie d’Aristote (une traduction plus ou moins fidèle d’une partie des Ennéades de Plotin) était vraiment d’Aristote, d’où sa tentative désespérée pour réconcilier ce texte néo-platonicien avec ce qu’il connaît d’Aristote. C’est Averroès qui démasque définitivement la confusion. Par exemple, à la différence d’al-Fārābī, Ibn Bāǧǧā puis Averroès conçoivent l’intellect agent comme quelque chose d’immanent à l’homme. Chez ces deux auteurs, l’intellect agent n’est plus cet intellect transcendant et complètement séparé, qui s’ajustait parfaitement avec la théorie farabienne de l’émanation héritée du néoplatonisme.

Les principes théologiques du dialogue interreligieux

Mgr Jean-Marc Aveline

Évêque auxiliaire de Marseille

Président du Conseil pour les relations interreligieuses des évêques de France

icon-calendar 12 Septembre 2018

Le dialogue interreligieux recouvre deux réalités très différentes : il est à la fois ce que les pouvoirs publics voudraient que les religions fassent pour plus de paix sociale et l’attitude des croyants, au nom de leur foi, envers les croyants des autres religions. Réduire le dialogue à la première dimension risque d’anesthésier la capacité critique et prophétique des religions envers ces mêmes pouvoirs publics et, plus fondamentalement, fait courir le risque aux religions de démissionner sur ce point et de s’en remettre uniquement aux pouvoirs publics pour organiser le dialogue entre elles.

L’attitude des chrétiens envers les croyants des autres religions a été profondément façonnée par la relation qu’ils entretiennent envers le judaïsme. Contre toute tentation marcioniste de « purifier » le christianisme des éléments juifs qu’il contient, l’Église catholique reconnaît que son identité propre fait constitutivement référence à l’altérité du judaïsme. Ceci est repris clairement dans la déclaration  Nostra ætate (1965) du concile Vatican II.

Par ailleurs, l’encyclique Ecclesiam suam (1964) de Paul VI proposait une conception renouvelée de la révélation comme « dialogue de salut » (colloquium salutis) entre Dieu et l’humanité. La déclaration Nostra ætate encourage donc les catholiques à chercher tout ce qui est vrai et saint dans les autres religions, dans un dialogue sincère et respectueux avec les autres croyants.

Mgr Aveline a conclu son intervention en présentant deux enjeux théologiques majeurs, pour qui a accepté de se lancer dans cette aventure spirituelle et intellectuelle exigeante. Le premier est de renforcer, avec l’aide de la théologie des chrétiens d’Orient, notre théologie de l’Esprit saint, dont Jean-Paul II disait dans son encyclique Redemptoris missio (1990) qu’il agissait non seulement dans les cœurs des personnes mais aussi dans les sociétés, les cultures et les religions. Le second enjeu est la compréhension de la mission de l’Église comme coopération au travail de l’Esprit saint, qui poursuit ce « dialogue de salut » qu’est la révélation. L’Église doit donc se comprendre non pas comme une ONG ni comme une entreprise visant sa propre croissance, mais comme étant au service de la relation entre Dieu et le monde.

Faits religieux et manuels d’histoire

Dominique Avon, Isabelle Saint-Martin et John Tolan (dir.), Faits religieux et manuels d’histoire : contenus, institutions, pratiques, approches comparées à l’échelle internationale, Nancy : Arbre bleu éditions, 440 pages.

Peut-on et doit-on enseigner les faits religieux à l’école ? À quelles conditions un savoir rigoureux et scientifique sur cette question peut-il être dispensé ? Au moment où, plus que jamais, le religieux est l’objet de multiples projections, qu’il est invoqué, voire instrumentalisé, par des acteurs du champ politique et souvent réduit à la violence qu’il génère, il est important que tous ceux qui ont pour mission de produire et de transmettre la connaissance afin de former les futurs citoyens puissent accéder à des outils de réflexion adaptés. Face à des phénomènes religieux, souvent considérés comme excessivement porteurs de charge émotionnelle, il est tentant, pour les autorités politiques comme pour les enseignants, d’éviter de les prendre en considération. Le parti pris de ce livre, fruit du travail de nombreux spécialistes, est d’aller à l’encontre de ce point trop souvent aveugle de l’enseignement. Instruments par excellence de médiation entre les élèves et les professeurs, les manuels scolaires qui traitent des faits religieux sont ici analysés avec le souci de les objectiver au moyen de la méthode historique et de la comparaison non seulement entre des pays de cultures très différentes, mais aussi entre des conceptions idéologiques hétérogènes, voire concurrentes, au sein d’un même pays.

À la hauteur des défis éducatifs actuels, l’intention de cet ouvrage est de mettre en perspective les institutions scolaires, les contenus enseignés et les pratiques pédagogiques afin que le religieux soit apprécié de la manière la plus juste et qu’il participe à la compréhension d’un monde complexe.

Acheter ce livre sur le site Arbre bleu éditions.

Les 7 dormants ou les Gens de la Caverne

Jean-François Bour & Marie-Laure Morbieu (dir.), Les 7 dormants ou les Gens de la Caverne : Héritage spirituel commun aux chrétiens et aux musulmans, actes du colloque de Tours, 28 et 29 mai 2016, Tours, Saint-Léger Éditions, 2018.

Des spécialistes en théologie musulmane et chrétienne, en archéologie, histoire, sociologie et anthropologie s’interrogent sur ce patrimoine commun au christianisme et à l’islam. Après une présentation des matériaux littéraires et archéologiques et des sources, ils mettent en lumière sa fécondité spirituelle puis évoquent les lieux de culte dédiés aux Sept dormants autour de la Méditerranée.

Acheter ce livre sur le site La Procure.

Théologie musulmane des religions

Dans le contexte contemporain d’émergence d’une théologie musulmane des religions, ce numéro du MIDÉO aborde cette thématique à partir d’un regard historique qui permet d’évaluer la place accordée aux religions du point de vue islamique. À côté des réfutations (rudūd) à l’encontre des juifs, chrétiens, zoroastriens ou factions musulmanes hétérodoxes, de la vision classique où toutes les religions sont perçues comme des expressions ou manifestations religieuses déformées de la vraie religion qu’est l’islam, l’histoire est aussi celle de courants ou de penseurs qui envisagent les autres religions dans leur authenticité. Il s’agit dès lors d’apprécier un apport original et nécessaire de chaque religion dans une histoire pensée comme voulue par Dieu. Comme le montrent certaines contributions, le renouvellement de cette perspective n’est pas sans incidence sur le regard et le statut normatif accordé aux non-musulmans.

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