Hétérodoxes et non musulmans

Emmanuel Pisani, Hétérodoxes et non musulmans dans la pensée d’Abū Ḥāmid al-Ġazālī, Paris, Vrin, septembre 2022, 280 pages.

Cette étude aborde la question du regard et de la compréhension de l’altérité religieuse d’un point de vue musulman, à la lumière de l’un de ses plus grands penseurs. À partir d’un questionnement sur le statut des non musulmans, l’auteur montre qu’il est nécessaire de partir des divisions qui ont marqué la première communauté musulmane, particulièrement après la mort du Messager de l’islam. Le phénomène de fragmentation, de divergence, d’ikhtilāf qui traverse les siècles est loin de satisfaire les musulmans car l’unité de la communauté reste l’idéal à atteindre. Cependant, à l’époque d’al-Ġazālī (m. 505/1111), les divisions s’amplifient, avec leurs cortèges de conséquences sociales et politiques redoutables. Soucieux de dépasser les conflits entre les écoles juridiques et théologiques, al-Ġazālī va développer une synthèse originale et inclusiviste qui neutralise le couperet communautariste et exclusiviste de certaines écoles islamiques et permet d’intégrer ses coreligionnaires au grand projet de l’islam sunnite. L’étude montre que son approche n’est pas sans conséquence dans le statut et le regard qu’il porte sur les non musulmans, qu’ils soient juifs, chrétiens, bouddhistes, etc. Plus encore, sa pensée permet de fonder une théologie islamique de l’autre et du dialogue.

Commandé le livre sur le site Vrin…

La problématique de l’apostasie

Dominique Avon, « La problématique de l’apostasie et ses déclinaisons dans les États à référence musulmane. Autour de l’article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme », dans Valentine Zuber, Emmanuel Decaux et Alexandre Boza (dir.), Histoire et postérité de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Nouvelles approches, Rennes, PUR, « L’univers des Normes », 2022, pages 167‒178.

Appel à candidatures pour des bourses de recherche en islamologie

MASTER 2 (3 mois)

Le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et le réseau des UMIFRE, en partenariat avec l’Idéo, souhaitent soutenir la jeune recherche en islamologie en proposant des bourses de terrain d’une durée de trois mois à destination d’étudiants de Master ayant le souhait de poursuivre des recherches dans ce domaine. Les boursiers et boursières seront accueilli/es par les centres membres du réseau des UMIFRE et d’autres instituts de recherche partenaires du programme (voir la liste des instituts concernées*).

Descriptif de la bourse

L’octroi d’une bourse de mobilité devra permettre aux étudiant/es d’accomplir un travail de terrain de recherche en islamologie en étant accueilli/es dans une UMIFRE (ou instituts partenaires du programme). La discipline « islamologie » est entendue au sens large et pourra intégrer les axes suivants (sans s’y limiter) :

  • Analyse, sciences et critique des textes et des doctrines.
  • Etude historique de l’Islam.
  • Etude et analyse du fait religieux musulman dans les sociétés contemporaines.

Une attention particulière sera portée à l’insertion du projet de recherche dans les axes développés par leur UMIFRE ou instituts de recherche d’accueil et/ou aux collaborations envisagées avec les institutions universitaires et de recherche locales. L’inscription sur place dans un dispositif d’apprentissage ou de renforcement linguistique sera également prise en compte.

Durée et condition de la mobilité

  • Séjour de 3 mois.
  • 800 euros mensuels + billets d’avion (A/R).

Les candidat/es devront avoir achevé leur Master 1 et être inscrit/e en Master 2 dans une université française (ou en co-direction avec un enseignant d’une université française).

Dossiers de candidatures

Les dossiers de candidatures sont à envoyer avant le 01/09/22 à et devront comporter les pièces suivantes :

  • Une pièce d’identité.
  • La fiche de renseignement MASTER.
  • Une attestation ou un justificatif d’inscription universitaire pour l’année 2021/2022 (une attestation d’inscription 2022/2023 en Master 2 sera à transmettre par les lauréats dès que possible).
  • Un CV (max. 2 pages).
  • Un projet de recherche (max. 15 000 signes, intégrant les notes, les références et la bibliographie) dans lequel sera également présenté le projet d’insertion dans l’UMIFRE ou l’institut de recherche.
  • Une lettre d’invitation de la part du directeur/de la directrice de l’UMIFRE ou de l’institut d’accueil.
  • Une attestation d’affiliation à la sécurité sociale.

Un comité de sélection composé de membres du réseau des UMIFRE spécialisés dans le domaine de l’islamologie et d’un membre externe se réunira au mois de septembre.

*IRMC, CJB, IFRA-Ibadan, CSH Inde, IFEA Istanbul, CEDEJ, IFEAC, IFPO, CEFREPA, IRASEC, CFEE, IDEO.

Appel à candidatures pour des bourses de recherche en islamologie

Doctorants/Jeunes docteurs (6 mois)

Le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et le réseau des UMIFRE, en partenariat avec l’Idéo, souhaitent soutenir la jeune recherche en islamologie en proposant des bourses de terrain d’une durée de six mois à destination de doctorant/es et jeunes docteur/es poursuivant des recherches dans ce domaine. Les boursiers et boursières seront accueilli/es par les centres membres du réseau des UMIFRE et d’autres instituts de recherche partenaires du programme (voir la liste des instituts concernées*).

Descriptif de la bourse

L’octroi d’une bourse de mobilité devra permettre aux doctorant/es ou jeune docteur/es d’accomplir un travail de terrain de recherche en islamologie en étant accueilli/es dans une ou deux UMIFRE (ou instituts partenaires du programme). La discipline « islamologie » est entendue au sens large et pourra intégrer les axes suivants (sans s’y limiter) :

  • Analyse, sciences et critique des textes et des doctrines.
  • Etude historique de l’Islam.
  • Etude et analyse du fait religieux musulman dans les sociétés contemporaines.

Une attention particulière sera portée à l’insertion du projet de recherche dans les axes développés par leur(s) UMIFRE ou instituts de recherche d’accueil et/ou aux collaborations envisagées avec les institutions universitaires et de recherche locales.

Durée et condition de la mobilité

  • Séjour de 6 mois (avec la possibilité de diviser le séjour en 2 x 3 mois).
  • 800 euros mensuels + billets d’avion (1 AR ou 2 dans le cas d’un séjour en 2×3 mois).

Les candidat/es devront répondre aux critères suivants :

  • être inscrit/e en doctorat dans une université française (ou en co-tutelle avec une université française)

ou

  • avoir soutenu sa thèse après le 31/12/2018 dans une université française (ou en co-tutelle avec une université française) et être résident/e en France et associé/e à un laboratoire de recherche qui sera signataire de la convention d’accueil au sien de l’UMIFRE ou de l’institut.

Dossiers de candidatures

Les dossiers de candidatures sont à envoyer avant le 01/09/2022 à et devront comporter les pièces suivantes :

  • Une pièce d’identité.
  • La fiche de renseignement.
  • Une attestation d’inscription en thèse ou un document attestant de la soutenance (attestation de réussite au diplôme de doctorat, attestation de soutenance).
  • Un CV (max. 2 pages).
  • Un projet de recherche (max. 15 000 signes, intégrant les notes, les références et la bibliographie) dans lequel sera également présenté le projet d’insertion. dans l’UMIFRE ou l’institut de recherche. Dans le cas où le candidat ou la candidate souhaiterait séjourner dans deux UMIFRE, le projet précisera l’UMIFRE ou l’institut prioritairement ciblé.
  • Une lettre d’invitation de la part du directeur/de la directrice de l’UMIFRE ou de l’institut d’accueil.
  • Une lettre d’engagement du laboratoire de rattachement à signer la convention d’accueil.
  • Une attestation d’affiliation à la sécurité sociale.

Un comité de sélection composé de membres du réseau des UMIFRE spécialisés dans le domaine de l’islamologie et d’un membre externe se réunira au mois de septembre.

*IRMC, CJB, IFRA-Ibadan, CSH Inde, IFEA Istanbul, CEDEJ, IFEAC, IFPO, CEFREPA, IRASEC, CFEE, IDEO.

Congrès Pluriel « Islam et altérité » à Beyrouth, 23‒27 mai 2022

Synthèse du frère Emmanuel Pisani donnée le 25 mai 2022 à l’issue du Congrès Pluriel « Islam et altérité » à Beyrouth

Dans sa conférence inaugurale, Raja Sakrani a d’emblée posé la thèse de l’ambiguïté de l’islam, de son ambivalence à l’égard de l’autre  pour reprendre le titre du livre de Thomas Bauer: on a une oscillation entre un regard positif d’ouverture, d’attribution de droits, de reconnaissance où l’on peut penser l’altérité en islam dans le cadre d’un « paradigme interculturel », et de l’autre un regard fermé, de rejet de l’autre et de ses croyances avec la mobilisation de distinctions théologiques très fortes, telles le pur et l’impur, distinction d’autant plus opératoires qu’elle est connotée par la notion de sacré et par conséquent non sans lien avec la possibilité de sacrilège. Elle a analysé plusieurs facteurs qui permettent de comprendre pourquoi une pensée islamique de l’altérité est difficile, notamment en mobilisant la notion de ressentiment.

À la lumière de la politologie, de la philosophie de la psychologie, de la psychanalyse aussi – elle a montré comment l’autre est pensé aujourd’hui notamment dans un jeu de miroir où se construit l’identité : à la fois « je est un autre », mais l’autre est aussi une réalité du je. Dans ce cadre, elle a abordé la réalité de « frontière » entre le moi et l’autre, à l’exemple de la femme, du castré et de l’esclave. À cet égard, elle a abordé la question de l’identité sexuelle comme construction. Cette question mise à jour notamment par l’art (théâtre, peinture, caricature) apparait encore comme un impensé en islam et constitue un défi pour la théologie islamique.

Dans le cadre des communications, plusieurs focus.

D’une part, Samir Arbache a abordé la présentation de la réalité de l’altérité dans le Coran et la Sunna, ainsi que sur des réalités culturelles, à partir de quelques exemples emblématiques qui posent débat : la réalité du dialogue (avec une discussion contextualisée sur l’utilisation de verset coranique utilisé habituellement par les acteurs du dialogue), les dhimmis, la sharia, les mariages mixtes, … Du point de vue culturel, il a montré le paradoxe de la part de ceux qui rejettent l’Occident dans ses valeurs mais qui témoignent de « gourmandise » dès lors qu’il s’agit de s’approprier toutes les nouveautés techniques et technologiques venant de l’Occident. Il a conclu cependant sur l’existence de penseurs musulmans qui pensent l’autre (l’Occident) à partir de la manière dont il se dit… mais ces penseurs sont encore aujourd’hui marginalisés.

Mais que dit le Coran de l’altérité ? L’intérêt de l’intervention de Ali Mostfa est d’avoir montré comment le Coran développe une perspective inclusive dans la différence. On parle en effet d’ikhtilāf, et la différence est de l’ordre de la distinction et non de la séparation : le Coran qui est la matrice langagière pour comprendre la notion d’altérité distingue sans séparer, il renvoie à du commun, si j’ose dire, « il distingue pour unir ».

Plusieurs interventions en sciences politiques ont abordé les idéologues et les idéologies de courants en islam qui refusent l’autre.

Ainsi, Haoues Seniguer a présenté le discours du frère musulman al-Qaradawī : il montre que le mouvement correspond à une idéologie intégraliste (Emile Poulat) qui si elle prend des expressions différentes depuis sa fondation par Hasan al-Banna, est marquée par des invariants : cet intégralisme conduit à la définition d’une attitude et d’une sociabilité envers l’autre dans la vie quotidienne. Seniguer montrait à partir du discours d’al-Qaradawī un paradoxe dans la mesure où d’un côté il y a la reconnaissance du dialogue, et même un encouragement, mais d’un autre côté, les idéologues frèristes gardent un discours exclusiviste. Discours sectaire comme l’a montré Wael Saleh. En effet, hors de l’islamisme frériste il n’y a pas d’islam. Il y a l’exclusion des musulmans qui ne sont pas islamistes par une dimension holistique et l’établissement paradoxal d’un culte au fondateur. On est dans une identité assumée comme intrinsèquement conflictuelle.

Ce discours exclusiviste (pas seulement frériste) a aussi été étudiée et présentée par Mounia Aït Kabboura qui a mobilisé la notion philosophique de « mal radical » d’Hannah Arendt pour appréhender la nature du djihadisme violent. Elle a aussi mobilisé la thèse du sociologue palestinien Edward Saïd dans son ouvrage L’Orientalisme pour montrer que l’on a dans ces mouvements la même logique mais inversée, d’où la notion d’orientalisme inversé, que l’on pourrait aussi appelé l’occidentalisme. Elle a montré que cette logique identitaire totalitaire, est à penser avec son pendant, l’idéologie nationaliste qui vise aussi à exclure et à rejeter de la société canadienne, l’immigré. Ces idéologies fermées se nourrissent les unes des autres, se renforcent les unes des autres, en s’appuyant sur le discours exclusiviste de l’autre, ce qui génère une spirale inquiétante.

C’est cette même logique qui a été décrite par Anwar Alam à propos de son étude sur les musulmans en Inde. Le contexte actuel est marqué par la mise en place d’une politique d’hindouïté théorisée au début du XXe siècle et d’ailleurs inspirée par les fascismes européens. Ces politiques définissent l’identité indienne à partir de l’indouisme en opposition à l’autre. Il s’ensuit une politique anti-musulmane très forte, qui vient arrêter, non sans violence, la montée croissante de l’islam en Inde, et la renvoie à un statut précaire de minorité et de subordination. De cela, il s’ensuit un renforcement du communautarisme islamique : il s’agit de faire corps face à un autre hostile.

Le rapport entre religion et ethnie a aussi été exposé par Cedomir Nesorovic à propos de l’ex-Yougoslavie. Il a montré comment l’appartenance à l’islam a pu contribuer à créer de la différence dans un contexte où des hommes d’une même ethnie se sont différenciées à partir de la variable religieuse. Il montre que la variable religieuse a fini par épouser la variable ethnique si bien que des hommes et des femmes d’une même ethnie en sont venus à être distingués ethniquement, en raison de leur religion.

Il reste que si la religion joue un rôle identitaire, cette identité est-elle compatible avec la reconnaissance de l’autre ? C’est la question qu’a posé Antoine Fleyfel à propos des chrétiens d’Orient. Il a montré que dans le cas de l’identité chrétienne qu’elle n’est pas en soi opposée à l’autre. Le nationalisme arabe dans un espace citoyen a voulu accoucher d’un projet commun entre chrétiens et musulmans, mais sa récupération islamique n’a pas permis aux chrétiens d’adhérer majoritairement à ce projet. Le projet de créer une théologie chrétienne du pluralisme pour fonder un lieu commun qui accorde toute sa place aux musulmans a aussi échoué. Aujourd’hui, la crise identitaire que les chrétiens d’Orient traversent est marquée par un effondrement de la présence des chrétiens. Les concepts d’arabité, de coptitude, sont devenus creux. Il s’ensuit un repli sur soi-même qui compromet l’ouverture des chrétiens à l’autre et par conséquent, leur contribution culturelle, ce qui est tout à fait contraire à tout l’engament des chrétiens depuis la Nahda. Il s’ensuit du côté des chrétiens une tentation exclusiviste. C’est la tentation de la fermeture, par mimétisme de l’autre, dont nous a parlé Michel Younès à la lumière de la philosophie de Paul Ricoeur et auquel répond le dialogue narratif qui laisse au contraire toute sa place à l’autre.

Si les mouvements exclusivistes ont réussi à s’imposer politiquement dans plusieurs pays, notamment en surfant sur les printemps arabes, qu’en est-il alors de leur politique à l’égard de l’autre – au niveau national – mais aussi de l’autre au niveau de la politique étrangère, sur la scène internationale ?

Amina Dhrimeur a analysé le discours du PJD (Parti de la justice et du développement) au Maroc et qui est au pouvoir depuis 2011. Elle montre qu’il y a un discours fondé sur une double opposition : l’opposition entre la masse et l’élite (au sein de la société marocaine : l’élite étant corrompue) et l’opposition entre le marocain et le non-marocain. Pour autant, sur le plan international, la normalisation avec Israël semble paradoxale. Elle témoigne d’un certain pragmatisme de la part de ce parti politique.

Sur la scène internationale, justement, Mohamed-Ali Adraoui a montré à partir d’une lecture constructiviste (c’est-à-dire une lecture qui montre que le discours intérieur à des conséquences en politique internationale), que les islamistes inscrivent leur discours dans une perspective internationaliste. Ainsi, dans la mesure où l’Etat-Nation est une construction occidentale, ils doivent être pour eux dépassé. Là encore, il a montré une tension puisque à la fois le nationalisme est exacerbé, mais seulement comme constituant une étape. Ainsi, on voit en Tunisie que le mouvement Nahda promeut la personnalité islamique de la Tunisie pour qu’elle retrouve son rôle « en tant que base de la civilisation islamique en Afrique et mettre fin à l’état d’aliénation et d’égarement ». Il s’agit de « renouveler la pensée islamique à la lumière des fondements de l’islam et des exigences du progrès et son épuration des reliques des temps de décadence et l’influence de l’occidentalisation ».

Mais au-delà des idéologies exclusivistes, qu’en est-il du dialogue et d’une pensée pluraliste en islam ? Qu’en est-il d’un discours opposé à l’exclusivisme violent ? Dirk Ansorge a étudié l’approche de Muhammad Tahir al-Qadri, savant pakistanais, qui a condamné le terrorisme islamiste et propose une approche des droits humains et de la démocratie, mais son approche n’est pas sans problème puisqu’elle finit par englober l’autre et n’honore pas réellement le respect de l’altérité tandis que Asli Karaca montre que la femme est aussi le prototype de l’autre et que l’on assiste à une contestation du statut personnel de la femme et à son évolution en Égypte et Palestine dans une perspective citoyenne qui ne concerne pas seulement l’opposition entre musulmans et non musulmans. Cependant, au-delà des discours d’ouverture et d’égalité, elle constate la persistance de l’infériorisation de la femme en tant que citoyenne et par conséquent le fossé entre des déclarations politiques prêchant l’égalité citoyenne et les pratiques sur le terrain. De même, pour le Maroc, nonobstant la Déclaration de Marrakech de 2016 sur les minorités religieuses, Youssef Boutahar, en abordant le contrôle par l’institution de l’Imarat al-Mouminin des champs politiques et religieux, il a montré les restrictions qui entourent les libertés d’expression des minorités chrétiennes, bahaiyya, Shiia. La situation ne semble pas évoluée, à l’aire des enjeux de sécurité religieuse.

La perspective de la citoyenneté est aujourd’hui défendue par al-Azhar comme l’a présenté Mohamed Gamel Ali, même s’il a montré que la conception de la liberté religieuse promue par al-Azhar ne recoupe pas pleinement celle de la Déclaration des droits de l’homme. Il y a un effort de repenser certains concepts traditionnels et de les adapter à la réalité d’aujourd’hui. Symptomatique à cet égard et la réévaluation des concepts de dār al-islam / dār al-ḥarb comme l’a présenté Farid Bouchiba soulignant la capacité des penseurs musulmans à l’adaptabilité, à la flexibilité des discours de la normativité islamique concernant les territoires, qui permet notamment de justifier la présence de musulmans en Europe, sans appeler à leur émigration et donc d’inscrire le discours dans un cadre mondialisé.

Au-delà d’un pluralisme qui reconnait l’autre, il y a aussi un pluralisme actif qui revient à appelle à se pencher sur l’autre, à chercher à le connaître et à la reconnaître.

C’est ce pluralisme actif qui a été vécu en Afrique du nord par la présence des pères blancs. Comme l’a montré Rémi Caucanas, il y a eu de leur part un choix délibéré après la période coloniale de vivre en milieu musulman pour les connaître et ils ont recherché volontairement à s’inculturer, cad à se laisser changer par eux. Mais qu’en est-il du côté musulman ?

Vanessa Breidy a proposé une perspective shiite à partir d’un auteur, le Dr. Mohammad Ali Shomali. Le fondement est celui de l’amour de Dieu qui fonde l’unité des hommes.

Cette question de l’amour développé par les mystiques comme l’a rappelé Raja Sakrani, a aussi été traitée par notre conférencier Gabriel Reynolds dans sa conférence sur le salut universel du point de vue du Coran. L’amour de Dieu, sa miséricorde pour tous est un fondement au dialogue dans la mesure où il n’est pas nécessaire de ramener l’autre à soi pour le sauver. Il conditionne le dialogue authentique et sincère dans lequel l’identité ne s’oppose pas à l’altérité mais s’ouvre à elle, comme l’a rappelé dans sa conférence inaugurale le Recteur de l’Université Saint Joseph, Salim Daccache, reprenant la définition du dialogue du pape François lors de sa visite officielle à al-Azhar le 28 avril 2017.

S’initier à l’islamologie par un stage linguistique en arabe au Caire ?

C’est possible cet été 2022 à l’Idéo

L’Idéo propose aux frères dominicains en formation philosophique ou théologique un stage d’un mois au Caire d’initiation à la connaissance de l’arabe et de l’islam. Ce stage doit permettre d’ouvrir les frères au cours de leur formation à la réalité du monde islamique dans ses croyances et dans son vécu.

Du point de vue méthodologique, nous proposons de partir d’une initiation à la langue arabe afin d’en montrer sa logique propre et sa dimension théologique. C’est donc par le biais linguistique que les étudiants sont introduits à l’islamologie.

Le stage dure quatre semaines : chaque semaine est composée de cinq jours de cours (du lundi au vendredi) ; chaque journée se décompose en 5 heures de cours : trois heures en classe entière et deux heures avec un tuteur individuel. Au cours du mois, les étudiants visiteront des mosquées, des musées et l’Université al-Azhar. Ils rencontreront des intellectuels musulmans. Un week-end à Alexandrie sera également organisé pour visiter la Bibliotheca Alexandrina.

La session est précédée deux mois auparavant d’un moodle pour apprendre les bases de la lecture et de l’écriture. La réussite au moodle est une condition préalable à la participation au stage du Caire.

La prise en charge de la formation (cours, pension complète, week-end à l’Alexandrina, visites au Caire) est assurée par un programme de bourses de l’Idéo. Il revient aux provinces d’assurer le règlement du billet d’avion et le viatique des frères sur place. Pour les provinces dont le prix du billet serait trop dispendieux, il est possible de solliciter une aide exceptionnelle de l’Idéo (nous consulter).

Dates : Arrivée les 16 ou 17 juillet 2022 au Caire. Début des cours le 18 juillet 2022. Fin de cours le 12 août 2022.

Modalités d’inscription : La demande d’inscription est à envoyer à la direction de l’Idéo avant le 15 mai (). Elle se compose d’une lettre de motivation de l’étudiant (en allemand, anglais, espagnol, français ou italien), des résultats du dernier semestre de sa scolarité dont il dispose, d’une lettre de recommandation du directeur des études ou du Régent des études. L’étudiant reçoit confirmation de sa participation au stage le 20 mai 2022. Il lui revient d’entreprendre les démarches consulaires dans le cas où il aurait besoin d’un visa.

Licence canonique études arabes et islamologie

Objet : 5 bourses d’études pour la formation en arabe et islamologie (2023‒2026)

L’Institut dominicain d’études orientales a été fondé en 1953 au Caire afin d’étudier scientifiquement l’islam et la civilisation arabo-musulmane. Notre vocation est de pouvoir porter un regard théologique sur l’islam tout en mettant en œuvre un dialogue théologique avec les musulmans.

Dans le contexte actuel caractérisé par l’omniprésence de la dimension islamique, il nous apparait nécessaire d’offrir aux provinces qui le souhaitent la possibilité de former un frère en islamologie afin de lui donner les compétences sur le patrimoine islamique en lien avec des questions contemporaines qui lui permettront de répondre aux défis de notre époque, quels que soient les continents.

Nous proposons un programme d’études de trois ans pour préparer une nouvelle génération de dominicains à ces questions.

À l’issue de sa formation, les frères qui nous seront confiés, seront porteurs d’une licence canonique en études arabes et islamologie de 120 ECTS.

Ils maitriseront l’arabe et seront ainsi bien outillés soit pour enseigner dans nos facultés de théologie, soit pour poursuivre leurs études dans le cadre d’un doctorat.

Le financement du programme peut être pris en charge via un programme de boursesqui inclut les frais de cours, la pension au couvent Notre-Dame du Rosaire au Caire, et un voyage en avion chaque année vers la province d’origine. Pour toute demande de bourse, chaque province ou vice-province participe à minima à l’inscription du frère à l’assurance sociale EMI qui s’élève selon les niveaux de protection souhaités entre 700 à 1 700 euros par an.

La rentrée est prévue pour le 1er septembre 2023.

Les demandes de bourse Spem miram doivent être adressées avant le 1er mars 2023 à "> et à la direction de l’Idéo . Nous restons à votre disposition pour vous aider dans les démarches administratives.

Année 1 et Année 2

La première année donne à l’étudiant les bases de la langue arabe afin qu’il puisse savoir lire et écrire en arabe, définir la morphologie des mots, identifier la structure grammaticale d’une phrase arabe et commencer à fréquenter des textes islamiques.

Les textes dans leur graduation permettent d’inscrire dans la mémoire à la fois le vocabulaire et les tournures arabes. Il acquiert une compréhension de textes écrits, mais aussi le vocabulaire de base de la presse, de la radio et de la télévision.

L’étudiant est accompagné dans son apprentissage par un répétiteur personnalisé afin de l’aider à l’assimilation d’une famille de mots, à stimuler et vérifier sa mémoire.

À la fin de la première année, il doit être en mesure de lire des textes littéraires et classiques et d’en dégager le sens général. Il est en mesure de s’exprimer en arabe.

L’objectif de la deuxième année au Caire est de permettre de s’immerger dans l’arabe classique et d’acquérir par l’étude des textes sources les bases des principales sciences islamiques. On effectue un travail systématique sur le lexique, afin de distinguer les différents courants islamiques et la singularité de leurs approches.

Aux cours d’arabe classique s’adjoignent une formation en liturgie chrétienne et un tutorat de lecture afin de traverser l’histoire de la pensée islamique. Durant cette année, il est attendu de l’étudiant qu’il identifie un auteur ou une question posée ou portée par un auteur et qu’il souhaiterait approfondir dans un travail de mémoire.

Enfin, les étudiants reçoivent une formation sur le dialogue interreligieux sous forme de cours ou séminaires.

Année 3

L’année 3 porte sur un travail plus systématique en théologie et philosophie islamique. Le nombre de cours est réduit afin de permettre aux étudiants de définir un texte, de le traduire, de le situer dans le temps et l’histoire des doctrines islamiques, d’en dégager une problématique, en vue de rédiger un mémoire de 80 pages. L’étudiant est accompagné dans cet exercice par un directeur. Il est invité à participer aux séminaires hebdomadaires de l’équipe de recherche de l’Idéo

Acquisition des compétences

Aux termes des trois années, sont acquises les compétences suivantes :

– connaissance de la structure de la langue arabe littéraire écrite permettant à l’étudiant de lire et de comprendre, sans difficulté excessive, des textes littéraires et religieux complexes anciens et contemporains ;

– connaissances scientifiques de base dans les sciences islamiques les plus importantes ;

– acquisition d’une méthode scientifique d’étude comparative des Écritures et de la pensée théologique des chrétiens et des musulmans ;

– capacité à effectuer une analyse adéquate de la complexité du monde islamique classique et contemporain ;

– capacité à élaborer de manière critique sa propre réflexion sur la religion islamique et sur les relations islamo-chrétiennes.

– capacité d’agir avec compétence dans le domaine du dialogue islamo-chrétien ;

– savoir rédiger et discuter de manière organisée et méthodologique une réflexion théologique à partir d’un texte arabe

– pouvoir poursuivre des études doctorales en islamologie ou théologie des religions.

Admission

L’étudiant doit être en possession d’un baccalauréat canonique et avoir obtenu à minima la mention magna cum Laude.

Dans le cas où il finit son année de baccalauréat et ne serait pas encore en possession de son diplôme, il présentera au moment de la constitution de son dossier les résultats de la dernière année de sa scolarité.

Il devra avoir des connaissances suffisantes en anglais ou en français pour suivre les cours d’islamologie et ceux sur le dialogue.

Il rédigera une lettre de motivation.

Il revient au Régent des études de joindre à son dossier une lettre de recommandation.

Dossier d’inscription pour la bourse Spem miram internationalis

Le programme de formation peut bénéficier d’une demande de bourse à Spem miram internationalis. En ce cas, il est à adresser à   et à  avant le 1er mars 2023.

Dossier d’inscription à la bourse spem miram prérempli en français