La vérité à l’épreuve du dialogue entre chrétiens et musulmans

Adrien Candiard et Omero Marongiu-Perria, le premier cahier du groupe « Théologie en dialogue », La vérité à l’épreuve du dialogue entre chrétiens et musulmans, Paris, CEF, 2020.

Fruit du dialogue entre Adrien Candiard et Omero Marongiu-Perria pour une théologie partagée, ce premier cahier thématique, proposé par le groupe Théologie en dialogue, questionne les croyants sur le concept de vérité et sur les fondements théologiques du dialogue.

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Comment parler de l’Islam dans un quotidien catholique ?

Anne-Bénédicte Hoffner

Journaliste à La Croix

icon-calendar Dimanche 16 février 2020

 

Nous avions demandé à Anne-Bénédicte Hoffner, qui a été en charge de la rubrique Islam pendant plusieurs années au journal La Croix, de réfléchir sur son expérience. Ne connaissant pratiquement rien à l’Islam au moment où elle accepte ce poste, elle se lance dans l’aventure de couvrir à la fois le dialogue islamo-chrétien et l’actualité de l’Islam. Au fil des rencontres et des nombreuses visites sur le terrain, elle se constitue à la fois un carnet d’adresses varié (grandes associations musulmanes, mosquées et centres culturels, penseurs et islamologues musulmans ou non musulmans, fidèles et sceptiques) et élabore pour elle-même une ligne de conduite : traiter séparément le dialogue islamo-chrétien et l’actualité de l’Islam, ne pas ignorer les motivations religieuses dans les violences parfois commises au nom de l’Islam, parler des chrétiens d’Orient sans plaquer sur la situation en France ce qu’ils peuvent expérimenter en Orient, ne pas donner la parole à ceux qui utilisent la violence verbale sur les réseaux sociaux.

La gestion constructive et apaisée du pluralisme religieux est certainement un enjeu aussi important que le réchauffement climatique aujourd’hui. Or les catholiques ont un rôle à jouer dans ce domaine car ils savent ce que veut dire avoir la foi et ils peuvent comprendre ce qu’est une rationalité croyante pour aborder les questions posées par le monde contemporain.

Une première lecture du Coran des historiens (Cerf, 2019)

Adrien de Jarmy

Doctorant à Sorbonne Université, titulaire de la bourse doctorale Ifao-Idéo

icon-calendar Mardi 11 février 2020

Si la tradition exégétique musulmane classique considère le Coran comme un point de départ, et s’attache surtout à en expliciter les points obscurs en faisant référence à la vie et aux paroles du Prophète, la tendance contemporaine de nombreux chercheurs en Occident est de le considérer comme un point d’arrivée, c’est-à-dire comme le produit de l’Antiquité tardive, qui recueille des traditions religieuses, philosophiques et culturelles antérieures. Une troisième voie consiste à l’étudier seul, ni dans son contexte antique tardif, ni dans sa réception musulmane.

Ce Coran des historiens choisit résolument cette deuxième voie, celle de l’Antiquité tardive, excluant les études de chercheurs comme Jacqueline Chabbi ou Michel Cuypers qui étudient le Coran pour lui-même, ou l’école d’Angelika Neuwirth qui ne rejette pas la tradition musulmane comme source de compréhension du texte.

La vision de Guillaume Dye sur le Coran est celle d’un texte complexe, composite, ni l’œuvre d’un seul homme, ni livre fermé, mais un recueil ouvert qui se construit très progressivement en discussion avec ce contexte de l’Antiquité tardive. Contrairement à l’hagiographie musulmane qui donne au calife ʿUṯmān (m. 35/656) le rôle d’éditeur du texte sous sa version consonantique finale, Guillaume Dye identifie le règne du calife omeyyade ʿAbd al-Malik (m. 86/705) comme le contexte politique et culturel qui a le plus influencé le texte.

Le Coran des historiens se compose d’un volume regroupant vingt études historiques et de deux volumes d’analyse systématique des 114 sourates du Coran. C’est un outil de travail indispensable aux chercheurs et aux lecteurs du Coran, quelle que soit leur sensibilité.

Séminaires

Mis en avant

Nous organisons actuellement plusieurs séminaires et colloques :

  1. Un séminaire public, consacré à la culture arabo-musulmane classique. Environ deux séances mensuelles, soit en arabe, soit en français, soit en anglais. Gratuit et ouvert à tous. Inscrivez-vous ici pour recevoir les invitations. Voir ici les comptes rendus des séances.
  2. Le séminaire « Massignon », séminaire de recherche réservé aux membres de l’Idéo.
  3. Des colloques internationaux, au Caire ou ailleurs, dont les actes sont publiés dans le MIDÉO. Voir ici les comptes rendus de ces colloques.
  4. Depuis 2018, l’Idéo est aussi co-organisateur du cycle mensuel de conférences « Midan Mounira », aux côtés de l’Institut français d’Égypte, du CEDEJ et de l’Ifao. Voir ici les comptes rendus des séances proposées par l’Idéo.

La liberté de conscience : histoire d’une notion et d’un droit

Dominique Avon, La liberté de conscience : histoire d’une notion et d’un droit, Rennes, PUR, 2020, 1171 pages.

Entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècles, la liberté de conscience a été conçue, d’abord en latin et dans une poignée de langues européennes, comme une possibilité de croire, de changer de croyance ou de ne pas en avoir. Elle a ainsi reçu une acception distincte de celle de la liberté religieuse ou de la liberté de religion. Lors de son inscription dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée sans vote négatif par l’assemblée générale des Nations unies en décembre 1948, ce droit individuel a néanmoins suscité des réserves ou oppositions qui ont empêché sa déclinaison constitutionnelle par plusieurs États-membres. Une génération plus tard, la contestation de la liberté de conscience s’est trouvée renforcée au nom de la reconnaissance de sensibilités culturelles différenciées, au nom d’une lutte contre l’apostasie — parfois associé au blasphème ou à l’insulte contre certaines religions, ou au nom de la défense de l’unité d’un corps. L’enquête historique conduite dans cet ouvrage s’inscrit dans le temps long des sociétés humaines. Établie sur des sources linguistiques diverses, elle vise à saisir l’émergence d’une notion au sein de communautés spécifiques, du Bassin méditerranéen à la Chine et à l’Amérique du Nord, à comprendre les motifs d’adhésion et de rejet formulés par plusieurs centaines d’auteurs, à déterminer les modalités d’expansion de cette liberté, de sa traduction dans des langues qui n’en avaient pas dessiné les contours, ainsi qu’à appréhender les ressorts des remises en question contemporaines. Cette recherche met en jeu des autorités exerçant des fonctions complémentaires ou rivales et s’intéresse aux institutions dont elles ont la charge. Elle explore, entre autres, les registres de la philosophie, de la théologie et du droit. Elle met en exergue la force et la fragilité d’une des libertés fondatrices de la modernité, historiquement située et qui n’a cessé d’être louée ou décriée.

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À la recherche des Takārīr dans l’Égypte médiévale : essai de recoupement d’indices fragmentaires

Hadrien Collet

Institut français d’archéologie orientale

icon-calendar Mercredi 22 janvier 2020

Historiquement, le royaume de Takrūr est l’une des premières régions d’Afrique de l’Ouest à adopter l’Islam, au milieu du 5ᵉ/11ᵉ siècle. Il n’est pas inconnu des auteurs arabes : al-Masʿūdī (m. 345/956) le mentionne dans un ouvrage qui lui est attribué, Aḫbār al-zamān. Après la chute de Bagdad en 656/1258, le Caire devient le nouveau centre de la civilisation musulmane et l’on voit apparaître les premières mentions des Takārīr (sg. Takrūrī), des musulmans d’Afrique de l’Ouest au sens large. Ils sont de passage en route vers la Mecque, ou bien ils viennent étudier auprès d’un maître, ou encore s’installer au Caire.

Le premier pèlerinage documenté d’un roi de Takrūr à la Mecque est celui du mansā Mūsā en 724/1324. L’arrivée au Caire de sa caravane de 15 000 hommes, racontée par al-Maqrīzī (m. 845/1442) dans son Sulūk li-maʿrifat duwal al-mulūk, fit forte impression sur la population. Il apporta avec lui douze tonnes d’or qui firent durablement chuter le prix du marché.

Enfin, du 13ᵉ au 15ᵉ siècle on dénombre environ une vingtaine de saints soufis originaires du Takrūr, enterrés et vénérés dans le cimetière de la Qarāfa au Caire.

Appel à contributions : La récitation dans les premiers siècles de l’Islam

La récitation dans les premiers siècles de l’Islam

(7ᵉ‒9ᵉ siècles)

Textes, modalités, enjeux

Colloque organisé par l’Idéo
Le Caire, 29 juin‒2 juillet 2020

 

Conférencier d’honneur : Prof. Devin J. Stewart, Université d’Emory (Atlanta)

Appel à contributions

Dates limites 
Mots-clés
  • Récitation coranique ‒ Psalmodie ‒ Oralité ‒ Transmission.
  • Islam ‒ Judaïsme ‒ Christianisme ‒ Zoroastrisme ‒ Antiquité tardive et débuts de l’Islam.
  • Torah ‒ Bible ‒ Psaumes ‒ Coran ‒ Qaṣaṣ ‒ Poésie ‒ Prières ‒ Rites ‒ Saǧʿ ‒ Récitation ‒ Mémorisation.

Cliquez ici pour télécharger la version PDF de cet appel à contributions…

Présentation

Ce colloque offre un espace de réflexion sur les différents types de récitation dans les régions centrales de l’Empire arabo-musulman (de l’Égypte à la Perse et à la péninsule arabique) durant les trois premiers siècles de l’Islam, et ce dans les contextes suivants :

  • contexte « religieux islamique » : le Coran, le Ḥadīṯ, les histoires (qaṣaṣ), la poésie mystique…
  • contexte « religieux non-islamique » : psaumes et prières, juives et chrétiennes (en grec, syriaque, copte, arabe) ; cérémonies zoroastriennes et manichéennes ; rites magiques…
  • contexte « profane » : poésie et prose rimés (saǧʿ), en arabe, hébreu, syriaque, copte… ; discours politiques et propagande ; techniques de mémorisation pour l’apprentissage de savoirs médicaux, scientifiques, philosophiques, légaux, grammaticaux…

NB: la distinction entre « religieux » et « profane » sera évaluée.

Les discussions sur ces types de récitations serviront de point de départ pour une réflexion sur les genres littéraires des textes récités, sur les techniques de récitation, mais aussi sur les acteurs de la récitation et les contextes socio-politiques et les questions liées à l’acte de la récitation. Ce colloque est ouvert à des contributions sur l’un ou plusieurs de thèmes suivants :

1) Les modalités de la récitation

Nous étudierons les pratiques qui précèdent ou qui constituent l’acte de la récitation (religieuse et profane) : l’écoute, l’apprentissage par cœur, la lecture, la récitation, la déclamation devant une audience, le chant, le jeu scénique…, ainsi que les règles et les modalités de la prononciation du texte, des aspects artistiques et émotionnels, et enfin des contextes précis dans lesquels tel ou tel texte est récité (rites, célébrations, fêtes, calendriers, circonstances, conditions matérielles, vêtements…)

2) Récitation et transmission du savoir

La récitation est une forme de transmission du savoir. Et en retour, certains récitateurs « professionnels » transmettent un savoir-faire spécifique à la récitation. Cette session étudiera l’articulation entre la récitation et l’enseignement/apprentissage, en prenant en considération la culture matérielle (manuscrite ou épigraphique), les pratiques d’apprentissage telles que la « récitation devant un maître » et sa validation (iǧāza), ainsi que les acteurs de la récitation (souvent des professionnels, des religieux ou des artistes…) et comment ils transmettent leur art vocal et leur éthique (adab al-qurrāʾ par exemple).

3) Les enjeux de la récitation

Cette session explorera les horizons religieux/spirituels des pratiques de la récitation (édification, justification, prière de guérison, mysticisme…), ainsi que ses buts profanes (politiques, sociaux, académiques, artistiques…) : la maîtrise des contenus, le choix des temps ou des formes de récitation peuvent être liés au pouvoir, à l’identité de la communauté ou à la création.

Méthodologie

Bien qu’ouvert au public, ce colloque a pour premier objectif d’être un lieu de travail et de débat scientifique. À cette fin, nous demanderons aux intervenants qui auront été sélectionnés d’envoyer un résumé en trois pages de leur intervention avant le 15 mai 2020. Ces résumés seront distribués aux autres intervenants. Chaque intervenant s’inscrira comme répondant pour au-moins l’une des interventions présentée par un pair. Tous les intervenants s’engagent à assister à toutes les sessions.

Langues de travail de ce colloque : anglais et arabe.

Organisation scientifique 
Logistique et finances

Les billets d’avion, transferts aéroport, hôtel et demi-pension seront pris en charge par l’Idéo, grâce à une subvention de l’Union européenne dans la cadre du projet «Adawāt» (2018‒2022).

Publication

Le numéro 37 (2022) du MIDÉO sera consacré à cette problématique et accueillera les articles présentés lors de ce colloque ou non, après qu’ils auront été soumis au processus habituel d’évaluation.

Pour plus de renseignements, merci de nous écrire à .

 

Les reliques et la topographie religieuse du Caire

Richard McGregor

Professeur en études islamiques à l’Université Vanderbild à Nashville

icon-calendar Mardi 26 novembre 2019

Grâce à l’étude précise du trajet et du destin de certaines reliques (têtes d’al-Ḥusayn, de Muḥammad b. Ibn Abī Bakr ou de ʿAlī Zayn al-ʿĀbidīn, tapis de prière, empreintes des pieds, turbans…), il est possible d’écrire une histoire de la piété musulmane et des jeux de pouvoir politique. Traditionnellement, les soufis font remonter le culte des reliques au verset coranique suivant : « Leur prophète leur dit : “Voici quel sera le signe de sa royauté : l’arche viendra vers vous, portée par des anges. Elle contient une sakina de votre Seigneur et une relique laissée par la famille de Moïse et par la famille d’Aaron. Voilà vraiment un Signe pour vous, si vous êtes croyants” » (Q. 2 (al-Baqara), 248). Parmi les sultans qui ont le plus encouragé le culte des reliques, le cas d’al-Ḥākim bi-amr Allāh (m. 411/1021) est significatif. Il fait construire des mosquées au Caire pour accueillir des reliques du Prophète qu’il a volées à Médine et organise des prières pour la crue du Nil. Au cours des siècles suivants, ces reliques seront ensuite déplacées dans d’autres lieux : le Ribāṭ al-āṯār, le mausolée d’al-Ġūrī, la mosquée d’al-Sayyida Zaynab, le ministère des Awqāf à la Citadelle, le palais de ʿAbdīn et la mosquée d’al-Ḥusayn, où elles sont aujourd’hui. Il est frappant de constater que malgré leur importance populaire et politique, il n’est pas facile de suivre les reliques dans les sources textuelles, où elles apparaissent et disparaissent constamment.