Ibn Taymiyya et le Dieu des philosophes

Frère Adrien Candiard

Doctorant et membre de l’Idéo

icon-calendar 23 avril 2019

Dans le neuvième volume de son volumineux Darʾ taʿāruḍ al-ʿaql wa-l-naql, qui constitue une réfutation précise et extrêmement informée des thèses rationalistes, Ibn Taymiyya (m. 728/1328) consacre près de cinquante pages à la réfutation des thèses métaphysiques d’Aristote, telles que présentées par Ṯābit b. Qurra (m. 288/901) dans son Talḫīṣ.

À la différence des philosophes qui présupposent tous une autonomie de la raison par rapport à la révélation, Ibn Taymiyya défend l’idée que la révélation est la raison et le point de départ de tout raisonnement.

Dieu ne peut pas être uniquement cause finale, le moteur non mû d’Aristote, mais il doit être considéré en même temps cause efficiente, ce qui contredit Aristote. Pour Ibn Taymiyya, la révélation nous enseigne que Dieu est à la fois Ilāh « Dieu », cause finale en tant qu’objet d’adoration, et Rabb « Seigneur », cause efficiente en tant que créateur. Ibn Taymiyya réfute aussi l’idée que le monde soit éternel, ce qui est incompatible avec la révélation, quoiqu’en dise les philosophes qui se prétendent musulmans. Enfin, il défend l’idée non aristotélicienne qu’il y a de la volonté en Dieu, en tant que cause première. C’est par sa volonté, et non en vertu d’un désir ni d’un manque, que Dieu crée le monde.

Le « Dieu des philosophes », pour reprendre la formule de Blaise Pascal, n’est pas le Dieu créateur de la révélation mais seulement le fruit de l’égarement d’une raison humaine qui serait abandonnée à elle-même.

Chrétiens et musulmans sous la sharia au nord du Nigeria : le point de vue d’un curé de paroisse

Frère Felix Emeka Udolisa

Curé de paroisse à Gusau, État de Zamfara

icon-calendar 2 avril 2019

Depuis 1999, les États à majorité musulmane du nord du Nigeria ont décidé d’appliquer la sharia non seulement pour les questions de statut personnel, ce qui était déjà le cas avant cette date, mais aussi pour la loi pénale, ce que certains considèrent comme anticonstitutionnel. En effet, les États n’ont pas la compétence constitutionnelle d’appliquer une loi pénale qui leur soit propre, ceci afin de garantir l’égalité de tous les citoyens devant la loi, quel que soit leur lieu de résidence au Nigeria.

Tous les musulmans au Nigeria sont loin d’apporter le même soutien à ces mesures. Les Yoroubas qui vivent à l’ouest du pays ont toujours eu une approche plus conciliante avec les minorités qui habitent sur leurs territoires. En revanche, au nord, les Haoussas et les Peuls sont beaucoup plus intolérants aux mariages mixtes et au soutien des minorités, et les quelques villages chrétiens de la région sont délaissés par l’État (éducation, santé…)

Beaucoup de violence se déchaîne dans la région : conflits entre sédentaires et nomades, drogue, banditisme, sectarisme, un peu trop facilement attribué au groupe Boko Haram, originaire de l’est du pays. Ce groupe, dont la rhétorique anti-occidentale a séduit les populations délaissées par le gouvernement fédéral, a su trouver des appuis jusque dans l’armée, ce qui rend leur éradication très compliquée.

Vingt après l’application de la sharia comme loi pénale, la vie quotidienne s’est normalisée, mais l’insécurité reste élevée et les tensions ethniques et économiques demeurent.

 La position d’Alfarabi sur la prophétie et sur la qualité de prophète

Dr. Catarina Belo

Professeure associée de philosophie à l’Université américaine du Caire

icon-calendar 19 mars 2019

Durant cette séance de séminaire, Catarina Belo a présenté les vues d’al-Fārābī (m. 339/950) sur la prophétie et sur la qualité de prophète, dans le cadre de sa philosophie de la religion. Les écrits métaphysiques et politiques d’al-Fārābī cherchent en effet une harmonie entre philosophie et religion, que l’on retrouve dans sa vision du philosophe-roi et du prophète.

Séminaires

Mis en avant

Nous organisons actuellement plusieurs séminaires et colloques :

  1. Un séminaire public, consacré à la culture arabo-musulmane. Environ deux séances mensuelles, soit en arabe, soit en français, soit en anglais. Gratuit et ouvert à tous. Inscrivez-vous ici pour recevoir les invitations. Voir ici les comptes rendus des séances.
  2. Le séminaire « Massignon », séminaire de recherche réservé aux membres de l’Idéo.
  3. Des colloques internationaux, au Caire ou ailleurs, dont les actes sont publiés dans le MIDÉO. Voir ici les comptes rendus de ces colloques.
  4. En 2018‒2019, un séminaire en arabe d’introduction à la philosophie arabe, six séances animées par Aziz Hilal. Cliquez ici pour plus de renseignements.
  5. Depuis 2018, l’Idéo est aussi co-organisateur du cycle mensuel de conférences « Midan Mounira », aux côtés de l’Institut français d’Égypte, du CEDEJ, de l’Ifao et de l’IRD. Voir ici les comptes rendus des séances proposées par l’Idéo.

Al-Ǧurǧānī et les débuts de la pragmatique

Dr. Zeinab Taha

Professeur adjoint de langue arabe à l’université américaine du Caire

icon-calendar 5 mars 2019

Il y a souvent une différence entre le sens des mots selon le dictionnaire et l’intention du locuteur qui utilise ces mots, selon ses connaissances, sa culture, sa religion éventuellement, le contexte où il vit. La pragmatique est un domaine de la linguistique qui étudie cette différence. C’est la pragmatique qui peut par exemple rendre compte du fait que l’on peut parfaitement comprendre tous les sens des mots d’une blague et ne pas comprendre ce qui est en jeu. Il en va de même pour certaines expressions idiomatiques. Par exemple, on peut parfaitement comprendre ce qu’est une pastèque, ce que veut dire le verbe « mettre » et ce qu’est le ventre et ne pas comprendre l’expression « il a mis une pastèque d’été dans son ventre » (ḥāṭiṭ fī baṭnihi baṭṭīḫa ṣayfī), qui en Égypte se traduit par « il est tranquille » ou « il n’en a rien à faire ».

Le premier grammairien arabe à s’être posé la question explicitement de la différence entre le sens obvie et le sens réellement voulu par le locuteur est ʿAbd al-Qāhir al-Ǧurǧānī (m. 470/1078). À la différence des grammairiens avant lui qui organisent leurs traités de grammaire selon les formes grammaticales, al-Ǧurǧānī prend comme point de départ de sa réflexion les sens voulus par le locuteur et étudie les différentes façons de les rendre dans une langue grammaticalement correcte.

Voyage en Haute-Égypte : prêtres, coptes et catholiques

Catherine Mayeur-JaouenVoyage en Haute-Égypte : prêtres, coptes et catholiques, Paris : CNRS Éditions, 2019.

C’est en Haute-Égypte, la région la plus pauvre du pays, que nous emmène cet ouvrage, à la rencontre des coptes-catholiques, minorité de la minorité, au milieu d’une mer copte-orthodoxe et d’un océan musulman.
C’est en suivant des prêtres égyptiens, de leur formation au séminaire, puis à Rome, jusqu’au retour dans leurs paroisses rurales, avant et après la révolution de 2011, que le lecteur découvre l’histoire de cette petite Église. Le livre retrace aussi l’histoire des contacts séculaires des coptes-catholiques avec des franciscains italiens et jésuites français. Le lecteur découvre enfin les communautés villageoises de cette région, pauvres et actives. Curés de campagne, les prêtres coptes-catholiques arbitrent les conflits, arrangent les mariages et luttent contre le sous-développement chronique de la Haute-Égypte délaissée par un État à la fois omniprésent et déficient.
Ils défendent la cause des femmes dans une société patriarcale, représentent leurs paroissiens au milieu de tensions confessionnelles croissantes et face aux autorités administratives et politiques.
Ce livre, comme le souligne Robert Solé dans sa préface, réussit à nous faire partager, de manière saisissante, la vie quotidienne des habitants de la vallée du Nil.

Acheter ce livre sur le site CNRS Editions…