Appel à contributions : La récitation dans les premiers siècles de l’Islam

La récitation dans les premiers siècles de l’Islam

(7ᵉ‒9ᵉ siècles)

Textes, modalités, enjeux

Colloque organisé par l’Idéo
Le Caire, 29 juin‒2 juillet 2020

 

Conférencier d’honneur : Prof. Devin J. Stewart, Université d’Emory (Atlanta)

Appel à contributions

Dates limites 
Mots-clés
  • Récitation coranique ‒ Psalmodie ‒ Oralité ‒ Transmission.
  • Islam ‒ Judaïsme ‒ Christianisme ‒ Zoroastrisme ‒ Antiquité tardive et débuts de l’Islam.
  • Torah ‒ Bible ‒ Psaumes ‒ Coran ‒ Qaṣaṣ ‒ Poésie ‒ Prières ‒ Rites ‒ Saǧʿ ‒ Récitation ‒ Mémorisation.

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Présentation

Ce colloque offre un espace de réflexion sur les différents types de récitation dans les régions centrales de l’Empire arabo-musulman (de l’Égypte à la Perse et à la péninsule arabique) durant les trois premiers siècles de l’Islam, et ce dans les contextes suivants :

  • contexte « religieux islamique » : le Coran, le Ḥadīṯ, les histoires (qaṣaṣ), la poésie mystique…
  • contexte « religieux non-islamique » : psaumes et prières, juives et chrétiennes (en grec, syriaque, copte, arabe) ; cérémonies zoroastriennes et manichéennes ; rites magiques…
  • contexte « profane » : poésie et prose rimés (saǧʿ), en arabe, hébreu, syriaque, copte… ; discours politiques et propagande ; techniques de mémorisation pour l’apprentissage de savoirs médicaux, scientifiques, philosophiques, légaux, grammaticaux…

NB: la distinction entre « religieux » et « profane » sera évaluée.

Les discussions sur ces types de récitations serviront de point de départ pour une réflexion sur les genres littéraires des textes récités, sur les techniques de récitation, mais aussi sur les acteurs de la récitation et les contextes socio-politiques et les questions liées à l’acte de la récitation. Ce colloque est ouvert à des contributions sur l’un ou plusieurs de thèmes suivants :

1) Les modalités de la récitation

Nous étudierons les pratiques qui précèdent ou qui constituent l’acte de la récitation (religieuse et profane) : l’écoute, l’apprentissage par cœur, la lecture, la récitation, la déclamation devant une audience, le chant, le jeu scénique…, ainsi que les règles et les modalités de la prononciation du texte, des aspects artistiques et émotionnels, et enfin des contextes précis dans lesquels tel ou tel texte est récité (rites, célébrations, fêtes, calendriers, circonstances, conditions matérielles, vêtements…)

2) Récitation et transmission du savoir

La récitation est une forme de transmission du savoir. Et en retour, certains récitateurs « professionnels » transmettent un savoir-faire spécifique à la récitation. Cette session étudiera l’articulation entre la récitation et l’enseignement/apprentissage, en prenant en considération la culture matérielle (manuscrite ou épigraphique), les pratiques d’apprentissage telles que la « récitation devant un maître » et sa validation (iǧāza), ainsi que les acteurs de la récitation (souvent des professionnels, des religieux ou des artistes…) et comment ils transmettent leur art vocal et leur éthique (adab al-qurrāʾ par exemple).

3) Les enjeux de la récitation

Cette session explorera les horizons religieux/spirituels des pratiques de la récitation (édification, justification, prière de guérison, mysticisme…), ainsi que ses buts profanes (politiques, sociaux, académiques, artistiques…) : la maîtrise des contenus, le choix des temps ou des formes de récitation peuvent être liés au pouvoir, à l’identité de la communauté ou à la création.

Méthodologie

Bien qu’ouvert au public, ce colloque a pour premier objectif d’être un lieu de travail et de débat scientifique. À cette fin, nous demanderons aux intervenants qui auront été sélectionnés d’envoyer un résumé en trois pages de leur intervention avant le 15 mai 2020. Ces résumés seront distribués aux autres intervenants. Chaque intervenant s’inscrira comme répondant pour au-moins l’une des interventions présentée par un pair. Tous les intervenants s’engagent à assister à toutes les sessions.

Langues de travail de ce colloque : anglais et arabe.

Organisation scientifique 
Logistique et finances

Les billets d’avion, transferts aéroport, hôtel et demi-pension seront pris en charge par l’Idéo, grâce à une subvention de l’Union européenne dans la cadre du projet «Adawāt» (2018‒2022).

Publication

Le numéro 37 (2022) du MIDÉO sera consacré à cette problématique et accueillera les articles présentés lors de ce colloque ou non, après qu’ils auront été soumis au processus habituel d’évaluation.

Pour plus de renseignements, merci de nous écrire à .

 

Les reliques et la topographie religieuse du Caire

Richard McGregor

Professeur en études islamiques à l’Université Vanderbild à Nashville

icon-calendar Mardi 26 novembre 2019 à 17h00

Grâce à l’étude précise du trajet et du destin de certaines reliques (têtes d’al-Ḥusayn, de Muḥammad b. Ibn Abī Bakr ou de ʿAlī Zayn al-ʿĀbidīn, tapis de prière, empreintes des pieds, turbans…), il est possible d’écrire une histoire de la piété musulmane et des jeux de pouvoir politique. Traditionnellement, les soufis font remonter le culte des reliques au verset coranique suivant : « Leur prophète leur dit : “Voici quel sera le signe de sa royauté : l’arche viendra vers vous, portée par des anges. Elle contient une sakina de votre Seigneur et une relique laissée par la famille de Moïse et par la famille d’Aaron. Voilà vraiment un Signe pour vous, si vous êtes croyants” » (Q. 2 (al-Baqara), 248). Parmi les sultans qui ont le plus encouragé le culte des reliques, le cas d’al-Ḥākim bi-amr Allāh (m. 411/1021) est significatif. Il fait construire des mosquées au Caire pour accueillir des reliques du Prophète qu’il a volées à Médine et organise des prières pour la crue du Nil. Au cours des siècles suivants, ces reliques seront ensuite déplacées dans d’autres lieux : le Ribāṭ al-āṯār, le mausolée d’al-Ġūrī, la mosquée d’al-Sayyida Zaynab, le ministère des Awqāf à la Citadelle, le palais de ʿAbdīn et la mosquée d’al-Ḥusayn, où elles sont aujourd’hui. Il est frappant de constater que malgré leur importance populaire et politique, il n’est pas facile de suivre les reliques dans les sources textuelles, où elles apparaissent et disparaissent constamment.

L’histoire de la dévotion au prophète Muḥammad à travers ses manuscrits

N. A. Mansour

Doctorante à l’Université de Princeton

icon-calendar Mercredi 13 novembre, 2019 à 17h00

N. A. Mansour, dont la thèse de doctorat porte sur le passage du manuscrit au livre imprimé, s’est concentrée durant ce séminaire sur ce qui est probablement le livre le plus populaire dans la tradition islamique : Dalāʾil al-ḫayrāt wa-šawāriq al-anwār fī ḏikr al-ṣalāt ʿalā al-nabī al-muḫtār, un recueil de prières pour le Prophète, compilé par un soufi et faqīh marocain, Muḥammad b. Sulayman al-Ǧazūlī (m. 870/1465). Les nombreux manuscrits de ce livre de piété, disent les érudits, représenteraient environ 30 % de tous les manuscrits arabes. Il est encore très populaire, même si le développement du salafisme a été un obstacle à sa diffusion. Ces manuscrits sont souvent d’un grand intérêt pour le chercheur, quand ils contiennent des prières copiées à la fin du texte, des commentaires marginaux (le plus souvent grammaticaux) ou des conseils sur l’usage qu’il convient de faire de telle ou telle prière. Le succès de l’ouvrage en fait un témoin important des thématiques diffusées dans la piété populaire : non seulement la place de la figure du Prophète, mais aussi la glorification de Dieu à travers ses attributs ou la place du croyant dans la cosmologie ou l’histoire du salut.

Les « hommes de religion » dans l’Islam contemporain (années 1970‒2010)

Dominique Avon
Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), Directeur adjoint de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et membre de l’Idéo

icon-calendar Dimanche 3 novembre 2019

 

Alors que la conjoncture interne au monde musulman était favorable au début des années 70 (indépendance retrouvée face aux colonisateurs, formation des élites religieuses en Occident, unité de vues autour d’un projet de constitution d’État islamique…), ce sont les divisions internes qui ont dominé à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 (révolution iranienne, traité de paix égypto-israélien, prise de la Grande Mosquée de la Mecque, assassinat de Sadate…)

S’il est évident que des facteurs extérieurs expliquent en partie la crise que traverse le monde musulman (occupation israélienne, guerres du Golfe successives…), il faut aussi prendre en compte la profondeur des divisions internes au monde musulman. Trois questions peuvent illustrer ces divisions : la question des mœurs (faut-il préserver l’intégralité des lois islamiques, et si oui, faut-il les appliquer réellement, ou bien faut-il renoncer à préserver ces lois et en abandonner officiellement certaines parties ?), la question du régime politique islamique idéal (califat, royauté, république ?), et la question du rapport au passé (retour vers un passé idéal, sélection et réinterprétation ?)

La vive opposition actuelle entre l’Union mondiale des savants musulmans et le Conseil des sages musulmans reflète ces divisions et seul l’avenir pourra dire quel chemin les musulmans choisiront de prendre.

Cliquer ici pour regarder la vidéo…

L’émergence de l’autorité de Muḥammad dans les Kutub al-maġāzī

Adrien de Jarmy

Doctorant à Sorbonne Université, boursier Idéo/Ifao 2019‒2020

icon-calendar Mercredi 31 octobre 2019 à 17h00

En s’appuyant sur une méthode quantitative qui compte les traditions se rapportant au Prophète et aux Compagnons et qui mesure leur distribution dans les ouvrages anciens de la tradition musulmane, Adrien de Jarmy tente de déterminer les seuils et les dynamiques politico-religieuses qui marquent l’évolution des représentations du Prophète. Ainsi, dans le Kitāb al-maġāzī du Muṣannaf de ʿAbd al-Razzāq al-Ṣanʿānī (m. 211/826), qui reprend à 96% des récits transmis par Maʿmar b. Rāšid (m. 153/770), le Prophète est avant tout un guerrier et il n’occupe pas une place aussi centrale que dans la Sīra d’Ibn Hišām (m. 213/828), où il est omniprésent, à la fois comme législateur et comme thaumaturge. Il semblerait qu’après la révolution ʿabbāside en 132/750, le pouvoir politique ait à la fois besoin de justifier son lien au Prophète, de légitimer sa capacité à gouverner et de convaincre les juifs et les chrétiens de se convertir à l’islam en encourageant l’émergence d’une historiographie impériale, ce qui n’était pas la priorité des Omeyyades. Il se peut aussi que le Muṣannaf de ʿAbd al-Razzāq, rédigé au Yémen, témoigne de préoccupations périphériques différentes de celles qui prévalent à Bagdad, tout en nous renseignant sur l’état de l’historiographie à la fin de l’époque omeyyade. Il se peut enfin que certains de ces récits viennent de traditions populaires orales (quṣṣāṣ) qui se seraient frayé un chemin dans les récits biographiques qui deviendront canoniques.

Le chiisme : clés historiques et théologiques

Ameer Jajé, Le chiisme : clés historiques et théologiques, Toulouse : Domuni Press, 2019, 172 pages.

Ameer Jajé retrace dans cet ouvrage les origines historiques, mythiques et théologiques des cérémonies propres au chiisme, l’une des principales minorités de l’Islam. C’est de la succession du Prophète, et des événements tragiques qu’elle a entraînés, que datent les divergences principales au sein de l’Islam entre sunnites et chiites, au cœur des conflits meurtriers qui secouent le Moyen-Orient aujourd’hui encore.
L’auteur enquête, particulièrement en Irak, sur les célébrations spectaculaires de l’Ashura (actes d’auto-flagellation, lamentations collectives), qui commémorent chaque année la mort du petit-fils du prophète Mahomet assassiné au VIIᵉ siècle.

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Un mot d’explication sur la langue et la grammaire du Coran

Dr. Abd al-Hakim Radi, Professeur de littérature arabe, de critique littéraire et de rhétorique à la Faculté des sciences humaines de l’Université du Caire et membre de l’Académie de la langue arabe au Caire

Frère Jean Druel, directeur de l’Idéo et chercheur en histoire de la grammaire arabe

icon-calendar Mardi 10 septembre 2019 à 17h00

Lors d’une conférence qu’il a donnée au mois de novembre dernier, le frère Jean Druel a esquissé une histoire de la langue arabe, en lien avec les autres langues sémitiques. Il a abordé la question du statut de la langue du Coran et son lien avec les autres phases historiques de la langue arabe, mettant en avant quelques-unes des spécificités de chacune de ces phases successives qui coexistent aujourd’hui dans l’usage.

Lors de ce séminaire, le Dr. Abd al-Hakim Radi a souhaité répondre à cette conférence du frère Jean, en s’attardant en particulier sur le statut de la langue du Coran et de son éloquence spécifique, qui culmine dans la question du miracle linguistique du Coran. Il a également abordé la question de la grammaire normative de la langue arabe et de son autorité pour juger la langue coranique. Il a expliqué que ce qui, dans le Coran, violait les règles de la langue arabe pouvait recevoir une justification authentiquement arabe, sans aucune contradiction grâce à la flexibilité de la langue arabe et à la diversité de ses dialectes anciens, qui sont tous authentiquement arabes et éloquents. Il a aussi expliqué que les savants musulmans ont largement traité de ces questions dans le passé.

Au final, la différence entre les deux chercheurs est que le frère Jean Druel aborde ces différents états de la langue arabe du point de vue de leur succession historique tandis que Dr. Abd al-Hakim Radi considère cette diversité linguistique au sein d’une langue unique sans histoire et sans développement.