Jean-Léon l’Africain, De quelques hommes illustres chez les Arabes et les Hébreux

Jean-Léon l’Africain, De quelques hommes illustres chez les Arabes et les Hébreux, texte latin établi et traduit par Jean-Louis Déclais, commenté par Houari Touati, Paris: Les Belles Lettres, 2020, 174 pages.

L’Europe latine n’a guère su de Rhazès, d’Avicenne ou d’Averroès, que des élucubrations qui avaient été élaborées sur leur compte comme de les faire vivre tous ensemble en Espagne musulmane et de faire d’Averroès l’empoisonneur d’Avicenne pour cause de jalousie. Cela marque la différence fondamentale entre le mouvement de traduction gréco-arabe et son corollaire arabo-latin. Tandis que le premier s’est soucié de traduire, à partir de la littérature savante grecque, des recueils biographiques (comme l’Histoire philosophique de Porphyre), des biographies philosophiques (comme la Vita Aristotelis de Ptolémée d’Alexandrie) et bibliographiques (comme Sur l’ordre de ses propres livres de Galien), le second ne s’est pas préoccupé de savoir qui étaient les auteurs arabes qui allaient devenir pour plusieurs siècles les autorités de l’Europe savante.
Il a fallu attendre la Renaissance italienne pour que se développe en Europe une conscience intellectuelle qui conduise à la production de la monumentale Bibliotheca universalis (1545) de l’humaniste suisse Conrad Gessner. C’est dans ce nouveau contexte historique qu’est conçu à Rome, en 1527, le recueil biographique de Jean-Léon l’Africain. Son importance est telle qu’il va rester une référence quasi incontestée jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle.
Pour se convaincre de l’importance de sa réception dans la culture européenne moderne, il suffit de savoir que l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert l’a littéralement pillé en lui empruntant plus de la moitié de ses biographies, qui sont reprises telles quelles dans ses entrées.

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De la critique du dialogue interreligieux : fin ou renouveau du dialogue ?

Emmanuel Pisani, « De la critique du dialogue interreligieux : fin ou renouveau du dialogue ? », Religions et dialogues, Paris : Cerf, 2020, pages 125‒159.

Fondé en 1967 dans l’élan du Concile Vatican II à la demande des congrégations missionnaires et de Rome, par les Pères Jean Daniélou et Henri Bouillard, l’Institut de science et théologie des religions de Paris allie la réflexion théologique fondamentale avec les pratiques pastorales et les questions sociétales. Comme institution chrétienne de recherche et de formation, l’ISTR articule plusieurs axes : la recherche et l’enseignement d’une théologie chrétienne de la mission, des religions et du dialogue ; la connaissance des religions et des cultures dans leur diversité et leur créativité contemporaine ; la compréhension du phénomène religieux, du labyrinthe des identités, des athéismes et de l’indifférentisme ; la prise en compte de la complexité des questions d’interculturalité, des interactions sociétales, de l’essor des intégrismes ; la réflexion sur la responsabilité des Églises chrétiennes à l’égard de la société. Les Actes du colloque tenu en juin 2017 à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fondation de l’Institut ont permis de mettre en évidence comment l’approfondissement de la dimension dialogale de la mission est au cœur du projet de l’Institut. Il en ressort l’enseignement d’un dialogue qui passe par l’écoute de l’autre, la nécessité de l’estimer, tel qu’il est, sans chercher à le ramener à soi. L’ISTR contribue ainsi à promouvoir depuis cinquante ans une « théologie de l’accueil » où la réflexion sur le dialogue avec les autres religions irrigue et éclaire la société sur la réalité et la nécessité du dialogue. Ouvert sur les autres, l’ISTR de Paris atteste comment le christianisme se déploie comme sagesse et ressource pour l’ensemble des acteurs sociaux, au-delà de leurs croyances personnelles.

Ont contribué à cet ouvrage : Razika Adnani, François Bousquet, Philippe Capelle-Dumont, Paul Coulon, Thierry-Marie Courau, Dennis Gira, Henri de La Hougue, Catherine Marin, Emmanuel Pisani, Ysé Tardan- Masquelier et Éric Vinson.

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Du droit religieux dans le droit étatique

Dominique Avon, « Du droit religieux dans le droit étatique : approche historique de la législation anti-blasphème dans les États à référence musulmane depuis les années 1960 », Cédric Burgun et Ludovic Danto (dir.), Le Blasphème. Le retour d’une question juridique oubliée entre droits sacrés et droits civils, Paris, Artège/Lethielleux, 2020, pages 115‒144.

Du fanatisme: quand la religion est malade

Adrien Candiard, Du fanatisme: quand la religion est malade, Paris : Cerf, 2020.

Le frère dominicain qui vit au Caire, au carrefour des mondes et des civilisations, revient sur le grand scandale religieux de notre temps. Quel Dieu invoquent les fanatiques qui excommunient, persécutent et tuent en son nom ? Que dit de nous, de notre planète, de notre avenir, une telle trahison ? Et, surtout, comment une foi peut-elle être vécue avec passion sans tourner à l’exclusion ? Une plaidoirie pour la foi qui émancipe contre la croyance qui enchaîne. Un maître-ouvrage qui s’adresse de manière libératrice à tout un chacun. Un manifeste, à l’heure de toutes les exacerbations, pour la réconciliation.

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Le nom chrétien sous la plume d’hommes de religion musulmans égyptiens

Dominique Avon, « Le nom chrétien sous la plume d’hommes de religion musulmans égyptiens », Les cahiers de l’EMAM 32 (2020).

Dans un contexte de sécularisation du droit provoquée par l’influence de l’Europe, puis par la domination coloniale britannique, les ʿulamāʾ égyptiens ont perpétué une représentation méprisante des chrétiens et maintenu la justification d’un rapport d’inégalité, en particulier dans le domaine conjugal. Après l’indépendance, ils ont fait valoir le modèle d’un régime islamique intégral comme idéal à atteindre. Les crispations au sein des deux communautés ont suscité des violences croissantes, face auxquelles les autorités religieuses n’ont pu que lancer des appels à l’unité nationale. La situation des années 2010 est marquée par une impasse, puisque le principe de « citoyenneté pour tous les Égyptiens » reste fondé sur des inégalités de droit et de fait, fondées sur la référence religieuse.