Séminaires

Mis en avant

Nous organisons actuellement plusieurs séminaires et colloques :

  1. Un séminaire public, consacré à la culture arabo-musulmane. Environ deux séances mensuelles, soit en arabe, soit en français, soit en anglais. Gratuit et ouvert à tous. Inscrivez-vous ici pour recevoir les invitations. Voir ici les comptes rendus des séances.
  2. Le séminaire « Massignon », séminaire de recherche réservé aux membres de l’Idéo.
  3. Des colloques internationaux, au Caire ou ailleurs, dont les actes sont publiés dans le MIDÉO. Voir ici les comptes rendus de ces colloques.
  4. En 2018‒2019, un séminaire en arabe d’introduction à la philosophie arabe, six séances animées par Aziz Hilal. Cliquez ici pour plus de renseignements.
  5. Depuis 2018, l’Idéo est aussi co-organisateur du cycle mensuel de conférences « Midan Mounira », aux côtés de l’Institut français d’Égypte, du CEDEJ, de l’Ifao et de l’IRD. Voir ici les comptes rendus des séances proposées par l’Idéo.

Ibn Taymiyya et le Dieu des philosophes

Frère Adrien Candiard

Doctorant et membre de l’Idéo

icon-calendar 23 avril 2019

Dans le neuvième volume de son volumineux Darʾ taʿāruḍ al-ʿaql wa-l-naql, qui constitue une réfutation précise et extrêmement informée des thèses rationalistes, Ibn Taymiyya (m. 728/1328) consacre près de cinquante pages à la réfutation des thèses métaphysiques d’Aristote, telles que présentées par Ṯābit b. Qurra (m. 288/901) dans son Talḫīṣ.

À la différence des philosophes qui présupposent tous une autonomie de la raison par rapport à la révélation, Ibn Taymiyya défend l’idée que la révélation est la raison et le point de départ de tout raisonnement.

Dieu ne peut pas être uniquement cause finale, le moteur non mû d’Aristote, mais il doit être considéré en même temps cause efficiente, ce qui contredit Aristote. Pour Ibn Taymiyya, la révélation nous enseigne que Dieu est à la fois Ilāh « Dieu », cause finale en tant qu’objet d’adoration, et Rabb « Seigneur », cause efficiente en tant que créateur. Ibn Taymiyya réfute aussi l’idée que le monde soit éternel, ce qui est incompatible avec la révélation, quoiqu’en dise les philosophes qui se prétendent musulmans. Enfin, il défend l’idée non aristotélicienne qu’il y a de la volonté en Dieu, en tant que cause première. C’est par sa volonté, et non en vertu d’un désir ni d’un manque, que Dieu crée le monde.

Le « Dieu des philosophes », pour reprendre la formule de Blaise Pascal, n’est pas le Dieu créateur de la révélation mais seulement le fruit de l’égarement d’une raison humaine qui serait abandonnée à elle-même.

Chrétiens et musulmans sous la sharia au nord du Nigeria : le point de vue d’un curé de paroisse

Frère Felix Emeka Udolisa

Curé de paroisse à Gusau, État de Zamfara

icon-calendar 2 avril 2019

Depuis 1999, les États à majorité musulmane du nord du Nigeria ont décidé d’appliquer la sharia non seulement pour les questions de statut personnel, ce qui était déjà le cas avant cette date, mais aussi pour la loi pénale, ce que certains considèrent comme anticonstitutionnel. En effet, les États n’ont pas la compétence constitutionnelle d’appliquer une loi pénale qui leur soit propre, ceci afin de garantir l’égalité de tous les citoyens devant la loi, quel que soit leur lieu de résidence au Nigeria.

Tous les musulmans au Nigeria sont loin d’apporter le même soutien à ces mesures. Les Yoroubas qui vivent à l’ouest du pays ont toujours eu une approche plus conciliante avec les minorités qui habitent sur leurs territoires. En revanche, au nord, les Haoussas et les Peuls sont beaucoup plus intolérants aux mariages mixtes et au soutien des minorités, et les quelques villages chrétiens de la région sont délaissés par l’État (éducation, santé…)

Beaucoup de violence se déchaîne dans la région : conflits entre sédentaires et nomades, drogue, banditisme, sectarisme, un peu trop facilement attribué au groupe Boko Haram, originaire de l’est du pays. Ce groupe, dont la rhétorique anti-occidentale a séduit les populations délaissées par le gouvernement fédéral, a su trouver des appuis jusque dans l’armée, ce qui rend leur éradication très compliquée.

Vingt après l’application de la sharia comme loi pénale, la vie quotidienne s’est normalisée, mais l’insécurité reste élevée et les tensions ethniques et économiques demeurent.

 La position d’Alfarabi sur la prophétie et sur la qualité de prophète

Dr. Catarina Belo

Professeure associée de philosophie à l’Université américaine du Caire

icon-calendar 19 mars 2019

Durant cette séance de séminaire, Catarina Belo a présenté les vues d’al-Fārābī (m. 339/950) sur la prophétie et sur la qualité de prophète, dans le cadre de sa philosophie de la religion. Les écrits métaphysiques et politiques d’al-Fārābī cherchent en effet une harmonie entre philosophie et religion, que l’on retrouve dans sa vision du philosophe-roi et du prophète.

Al-Ǧurǧānī et les débuts de la pragmatique

Dr. Zeinab Taha

Professeur adjoint de langue arabe à l’université américaine du Caire

icon-calendar 5 mars 2019

Il y a souvent une différence entre le sens des mots selon le dictionnaire et l’intention du locuteur qui utilise ces mots, selon ses connaissances, sa culture, sa religion éventuellement, le contexte où il vit. La pragmatique est un domaine de la linguistique qui étudie cette différence. C’est la pragmatique qui peut par exemple rendre compte du fait que l’on peut parfaitement comprendre tous les sens des mots d’une blague et ne pas comprendre ce qui est en jeu. Il en va de même pour certaines expressions idiomatiques. Par exemple, on peut parfaitement comprendre ce qu’est une pastèque, ce que veut dire le verbe « mettre » et ce qu’est le ventre et ne pas comprendre l’expression « il a mis une pastèque d’été dans son ventre » (ḥāṭiṭ fī baṭnihi baṭṭīḫa ṣayfī), qui en Égypte se traduit par « il est tranquille » ou « il n’en a rien à faire ».

Le premier grammairien arabe à s’être posé la question explicitement de la différence entre le sens obvie et le sens réellement voulu par le locuteur est ʿAbd al-Qāhir al-Ǧurǧānī (m. 470/1078). À la différence des grammairiens avant lui qui organisent leurs traités de grammaire selon les formes grammaticales, al-Ǧurǧānī prend comme point de départ de sa réflexion les sens voulus par le locuteur et étudie les différentes façons de les rendre dans une langue grammaticalement correcte.

Perspectives musulmanes sur le dialogue interreligieux

Djamel Djazouli, Denis Gril et Omero Marongiu-Perria

Une table ronde animée par le frère Adrien Candiard (Idéo)

À l’Institut français d’Égypte

icon-calendar 30 novembre 2018

S’il est vrai que le dialogue interreligieux a longtemps été à l’initiative des chrétiens, des voix musulmanes de plus en plus nombreuses se font aujourd’hui entendre, qui appellent à retrouver les fondements proprement coraniques et prophétiques de la rencontre avec les non-musulmans. Le frère Adrien Candiard, doctorant en études islamiques, a animé une table-ronde entre trois intellectuels musulmans francophones : Djamel Djazouli, spécialiste du Coran et directeur de l’Institut an-Nour à Cergy-Pontoise, Denis Gril, spécialiste du soufisme et professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, et Omero Marongiu-Perria, sociologue des religions et chercheur à l’Institut du pluralisme religieux et de l’athéisme (IPRA).

 icon-video-camera Voir la vidéo.

Si le message coranique est centré sur l’unicité de Dieu, c’est pour mieux mettre en avant la diversité que Dieu a voulue pour l’humanité, une diversité humaine de communautés et de rites qui seule peut exprimer la richesse de l’unicité divine. Au-delà des dialogues que nous pouvons avoir entre nous, et de manière plus fondamentale, Dieu est en dialogue avec l’univers.

Cette infinie profondeur divine ne peut se dire en mots simples et univoques, c’est pourquoi les versets du Coran prennent souvent la forme de paradoxes, tenant en même temps des expressions apparemment contradictoires : le Coran est la vérité ultime et Dieu seul sait qui est bien guidé ; ou encore la religion unique est l’islam et le Prophète Muḥammad intercédera pour toutes les communautés lors du jugement.

Nous sommes donc appelés à revoir nos conceptions de ce qu’est la vérité, non pas comme un contenu univoque qu’on pourrait asséner aux autres mais une réalité que chacun doit recevoir, face à laquelle chacun doit se positionner et faire des choix qui seront nécessairement différents pour chacun. L’islam appelle donc chacun à avancer sans crainte sur ce chemin qui conduit à Dieu, et à poser des choix en dialogue les uns avec les autres.

L’inflation à l’époque des Mamelouks

M. Oussama al-Saadouni Gamil

Doctorant à Dār al-ʿUlūm, Université du Caire

icon-calendar 13 novembre 2018

Oussama al-Saadouni Gamil prépare une thèse de doctorat à Dār al-ʿUlūm sur l’inflation à l’époque mamelouke. Il a choisi une période de dix ans, de 800/1397 à 810/1408, afin d’étudier avec le plus détails possibles les phénomènes en jeu, le rôle des différents acteurs, l’évolution précise des prix des produits de première nécessité. L’année 806/1403‒1404 marque le début d’une période de très forte augmentation des prix, jusqu’à 500% pour certains produits. Une faible crue du Nil, des épidémies et quelques décisions politiques malheureuses contribuent à expliquer le phénomène. Il faudra attendre la politique volontariste de baisse des prix mise en œuvre par le sultan al-Muʾayyid Abū al-Naṣr (m. 824/1421) après son arrivée au pouvoir en 815/1412 pour voir s’infléchir la hausse des prix.

Du marché scolaire libéral à l’Égypte en mouvement : retour sur un parcours de recherche

Frédéric Abécassis

Directeur des études de l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) au Caire

icon-calendar 16 octobre 2018

Frédéric Abécassis est le nouveau directeur des études de l’Institut français d’archéologie orientale (Ifao) au Caire. Cette séance de séminaire a été l’occasion pour lui de revenir sur les différentes étapes de sa recherche. Depuis son premier séjour en Égypte, Frédéric Abécassis a abordé des thématiques de recherche apparemment très variées — les écoles religieuses privées en Égypte, la circulation automobile en Égypte et au Maroc, les migrations musulmanes et juives au Maghreb — mais qui sont toutes traversées par la question de la construction de la communauté, comme protection devant l’extension de l’économie marchande dans la société libérale.

Les communautés se font et se défont par des solidarités économiques (les plus riches payaient pour les plus pauvres dans les écoles religieuses), des signes d’appartenance et de pouvoir (la police était au service des propriétaires de voitures plutôt que des piétons), ou des régimes d’historicité changeants (les juifs du Maroc se sont progressivement perçus comme des étrangers au Maroc).

Si l’étude de l’histoire a des vertus thérapeutiques, alors l’historien doit aider chacun à faire l’histoire des communautés auxquelles il appartient et de celles qu’il a quittées.

Cliquer ici pour regarder les illustrations de la conférence…

 L’héritage d’al-Fārābī (m. 339/950) dans la pensée philosophique en Andalousie

Aziz Hilal

Professeur en philosophie arabe

icon-calendar 3 octobre 2018

Muḥammad ʿĀbid al-Ǧābirī (m. 2010) soutenait l’idée d’une coupure épistémologique entre la pensée philosophique entre l’orient et l’occident arabes. La pensée en orient aurait sombré, surtout avec Avicenne (m. 428/1037), dans le gnosticisme, voire l’irrationalisme. Celle de l’occident arabe aurait marqué l’aboutissement de la tradition rationaliste en terre d’islam, en particulier avec Ibn Bāǧǧa (m. 533/1139) et Averroès (m. 595/1198). Cette vision simpliste oublie l’influence qu’al-Fārābī (m. 339/950) a eue en Andalousie. Cette influence se manifeste clairement dans la philosophie politique d’Ibn Bāǧǧa, en particulier dans son traité Tadbīr al-mutawaḥḥid, dans le commentaire de la République de Platon par Averroès, ou encore dans le traité Ḥayy b. Yaqzān d’Ibn Ṭufayl (m. 581/1185). Bien que celui-ci se déclare avicennien dans son traité et n’hésite pas à critiquer — de manière injuste — al-Fārābī, on peut affirmer qu’il existe entre Ḥayy b. Yaqzān et la pensée d’al-Fārābī une identité de propos et de structure. Ibn Ṭufayl est tellement redevable à la philosophie politique du « second maître » que cela rend bien étrange le traitement expéditif qu’il lui réserve dans l’introduction de son traité.

Ce qui compliquait la réception d’al-Fārābī en Andalousie, c’est qu’il croyait encore, comme tout l’Orient, que le traité connu sous le nom de Théologie d’Aristote (une traduction plus ou moins fidèle d’une partie des Ennéades de Plotin) était vraiment d’Aristote, d’où sa tentative désespérée pour réconcilier ce texte néo-platonicien avec ce qu’il connaît d’Aristote. C’est Averroès qui démasque définitivement la confusion. Par exemple, à la différence d’al-Fārābī, Ibn Bāǧǧa puis Averroès conçoivent l’intellect agent comme quelque chose d’immanent à l’homme. Chez ces deux auteurs, l’intellect agent n’est plus cet intellect transcendant et complètement séparé, qui s’ajustait parfaitement avec la théorie farabienne de l’émanation héritée du néoplatonisme.

Les principes théologiques du dialogue interreligieux

Mgr Jean-Marc Aveline

Évêque auxiliaire de Marseille

Président du Conseil pour les relations interreligieuses des évêques de France

icon-calendar 12 Septembre 2018

Le dialogue interreligieux recouvre deux réalités très différentes : il est à la fois ce que les pouvoirs publics voudraient que les religions fassent pour plus de paix sociale et l’attitude des croyants, au nom de leur foi, envers les croyants des autres religions. Réduire le dialogue à la première dimension risque d’anesthésier la capacité critique et prophétique des religions envers ces mêmes pouvoirs publics et, plus fondamentalement, fait courir le risque aux religions de démissionner sur ce point et de s’en remettre uniquement aux pouvoirs publics pour organiser le dialogue entre elles.

L’attitude des chrétiens envers les croyants des autres religions a été profondément façonnée par la relation qu’ils entretiennent envers le judaïsme. Contre toute tentation marcioniste de « purifier » le christianisme des éléments juifs qu’il contient, l’Église catholique reconnaît que son identité propre fait constitutivement référence à l’altérité du judaïsme. Ceci est repris clairement dans la déclaration  Nostra ætate (1965) du concile Vatican II.

Par ailleurs, l’encyclique Ecclesiam suam (1964) de Paul VI proposait une conception renouvelée de la révélation comme « dialogue de salut » (colloquium salutis) entre Dieu et l’humanité. La déclaration Nostra ætate encourage donc les catholiques à chercher tout ce qui est vrai et saint dans les autres religions, dans un dialogue sincère et respectueux avec les autres croyants.

Mgr Aveline a conclu son intervention en présentant deux enjeux théologiques majeurs, pour qui a accepté de se lancer dans cette aventure spirituelle et intellectuelle exigeante. Le premier est de renforcer, avec l’aide de la théologie des chrétiens d’Orient, notre théologie de l’Esprit saint, dont Jean-Paul II disait dans son encyclique Redemptoris missio (1990) qu’il agissait non seulement dans les cœurs des personnes mais aussi dans les sociétés, les cultures et les religions. Le second enjeu est la compréhension de la mission de l’Église comme coopération au travail de l’Esprit saint, qui poursuit ce « dialogue de salut » qu’est la révélation. L’Église doit donc se comprendre non pas comme une ONG ni comme une entreprise visant sa propre croissance, mais comme étant au service de la relation entre Dieu et le monde.