Séminaires

Mis en avant

Nous organisons actuellement plusieurs séminaires et colloques :

  1. Un séminaire public, consacré à la culture arabo-musulmane. Environ deux séances mensuelles, soit en arabe, soit en français, soit en anglais. Gratuit et ouvert à tous. Inscrivez-vous ici pour recevoir les invitations. Voir ici les comptes rendus des séances.
  2. Le séminaire « Massignon », séminaire de recherche réservé aux membres de l’Idéo.
  3. Des colloques internationaux, au Caire ou ailleurs, dont les actes sont publiés dans le MIDÉO. Voir ici les comptes rendus de ces colloques.
  4. En 2018‒2019, un séminaire en arabe d’introduction à la philosophie arabe, six séances animées par Aziz Hilal. Cliquez ici pour plus de renseignements.
  5. Depuis 2018, l’Idéo est aussi co-organisateur du cycle mensuel de conférences « Midan Mounira », aux côtés de l’Institut français d’Égypte, du CEDEJ, de l’Ifao et de l’IRD. Voir ici les comptes rendus des séances proposées par l’Idéo.

Perspectives musulmanes sur le dialogue interreligieux

Djamel Djazouli, Denis Gril et Omero Marongiu-Perria

Une table ronde animée par le frère Adrien Candiard (Idéo)

À l’Institut français d’Égypte

icon-calendar 30 novembre 2018

S’il est vrai que le dialogue interreligieux a longtemps été à l’initiative des chrétiens, des voix musulmanes de plus en plus nombreuses se font aujourd’hui entendre, qui appellent à retrouver les fondements proprement coraniques et prophétiques de la rencontre avec les non-musulmans. Le frère Adrien Candiard, doctorant en études islamiques, a animé une table-ronde entre trois intellectuels musulmans francophones : Djamel Djazouli, spécialiste du Coran et directeur de l’Institut an-Nour à Cergy-Pontoise, Denis Gril, spécialiste du soufisme et professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, et Omero Marongiu-Perria, sociologue des religions et chercheur à l’Institut du pluralisme religieux et de l’athéisme (IPRA).

Si le message coranique est centré sur l’unicité de Dieu, c’est pour mieux mettre en avant la diversité que Dieu a voulue pour l’humanité, une diversité humaine de communautés et de rites qui seule peut exprimer la richesse de l’unicité divine. Au-delà des dialogues que nous pouvons avoir entre nous, et de manière plus fondamentale, Dieu est en dialogue avec l’univers.

Cette infinie profondeur divine ne peut se dire en mots simples et univoques, c’est pourquoi les versets du Coran prennent souvent la forme de paradoxes, tenant en même temps des expressions apparemment contradictoires : le Coran est la vérité ultime et Dieu seul sait qui est bien guidé ; ou encore la religion unique est l’islam et le Prophète Muḥammad intercédera pour toutes les communautés lors du jugement.

Nous sommes donc appelés à revoir nos conceptions de ce qu’est la vérité, non pas comme un contenu univoque qu’on pourrait asséner aux autres mais une réalité que chacun doit recevoir, face à laquelle chacun doit se positionner et faire des choix qui seront nécessairement différents pour chacun. L’islam appelle donc chacun à avancer sans crainte sur ce chemin qui conduit à Dieu, et à poser des choix en dialogue les uns avec les autres.

L’inflation à l’époque des Mamelouks

M. Oussama al-Saadouni Gamil

Doctorant à Dār al-ʿUlūm, Université du Caire

icon-calendar 13 novembre 2018

Oussama al-Saadouni Gamil prépare une thèse de doctorat à Dār al-ʿUlūm sur l’inflation à l’époque mamelouke. Il a choisi une période de dix ans, de 800/1397 à 810/1408, afin d’étudier avec le plus détails possibles les phénomènes en jeu, le rôle des différents acteurs, l’évolution précise des prix des produits de première nécessité. L’année 806/1403‒1404 marque le début d’une période de très forte augmentation des prix, jusqu’à 500% pour certains produits. Une faible crue du Nil, des épidémies et quelques décisions politiques malheureuses contribuent à expliquer le phénomène. Il faudra attendre la politique volontariste de baisse des prix mise en œuvre par le sultan al-Muʾayyid Abū al-Naṣr (m. 824/1421) après son arrivée au pouvoir en 815/1412 pour voir s’infléchir la hausse des prix.

Du marché scolaire libéral à l’Égypte en mouvement : retour sur un parcours de recherche

Frédéric Abécassis

Directeur des études de l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) au Caire

icon-calendar 16 octobre 2018

Frédéric Abécassis est le nouveau directeur des études de l’Institut français d’archéologie orientale (Ifao) au Caire. Cette séance de séminaire a été l’occasion pour lui de revenir sur les différentes étapes de sa recherche. Depuis son premier séjour en Égypte, Frédéric Abécassis a abordé des thématiques de recherche apparemment très variées — les écoles religieuses privées en Égypte, la circulation automobile en Égypte et au Maroc, les migrations musulmanes et juives au Maghreb — mais qui sont toutes traversées par la question de la construction de la communauté, comme protection devant l’extension de l’économie marchande dans la société libérale.

Les communautés se font et se défont par des solidarités économiques (les plus riches payaient pour les plus pauvres dans les écoles religieuses), des signes d’appartenance et de pouvoir (la police était au service des propriétaires de voitures plutôt que des piétons), ou des régimes d’historicité changeants (les juifs du Maroc se sont progressivement perçus comme des étrangers au Maroc).

Si l’étude de l’histoire a des vertus thérapeutiques, alors l’historien doit aider chacun à faire l’histoire des communautés auxquelles il appartient et de celles qu’il a quittées.

Cliquer ici pour regarder les illustrations de la conférence…

 L’héritage d’al-Fārābī (m. 339/950) dans la pensée philosophique en Andalousie

Aziz Hilal

Professeur en philosophie arabe

icon-calendar 3 octobre 2018

Muḥammad ʿĀbid al-Ǧābirī (m. 2010) soutenait l’idée d’une coupure épistémologique entre la pensée philosophique entre l’orient et l’occident arabes. La pensée en orient aurait sombré, surtout avec Avicenne (m. 428/1037), dans le gnosticisme, voire l’irrationalisme. Celle de l’occident arabe aurait marqué l’aboutissement de la tradition rationaliste en terre d’islam, en particulier avec Ibn Bāǧǧa (m. 533/1139) et Averroès (m. 595/1198). Cette vision simpliste oublie l’influence qu’al-Fārābī (m. 339/950) a eue en Andalousie. Cette influence se manifeste clairement dans la philosophie politique d’Ibn Bāǧǧa, en particulier dans son traité Tadbīr al-mutawaḥḥid, dans le commentaire de la République de Platon par Averroès, ou encore dans le traité Ḥayy b. Yaqzān d’Ibn Ṭufayl (m. 581/1185). Bien que celui-ci se déclare avicennien dans son traité et n’hésite pas à critiquer — de manière injuste — al-Fārābī, on peut affirmer qu’il existe entre Ḥayy b. Yaqzān et la pensée d’al-Fārābī une identité de propos et de structure. Ibn Ṭufayl est tellement redevable à la philosophie politique du « second maître » que cela rend bien étrange le traitement expéditif qu’il lui réserve dans l’introduction de son traité.

Ce qui compliquait la réception d’al-Fārābī en Andalousie, c’est qu’il croyait encore, comme tout l’Orient, que le traité connu sous le nom de Théologie d’Aristote (une traduction plus ou moins fidèle d’une partie des Ennéades de Plotin) était vraiment d’Aristote, d’où sa tentative désespérée pour réconcilier ce texte néo-platonicien avec ce qu’il connaît d’Aristote. C’est Averroès qui démasque définitivement la confusion. Par exemple, à la différence d’al-Fārābī, Ibn Bāǧǧa puis Averroès conçoivent l’intellect agent comme quelque chose d’immanent à l’homme. Chez ces deux auteurs, l’intellect agent n’est plus cet intellect transcendant et complètement séparé, qui s’ajustait parfaitement avec la théorie farabienne de l’émanation héritée du néoplatonisme.

Les principes théologiques du dialogue interreligieux

Mgr Jean-Marc Aveline

Évêque auxiliaire de Marseille

Président du Conseil pour les relations interreligieuses des évêques de France

icon-calendar 12 Septembre 2018

Le dialogue interreligieux recouvre deux réalités très différentes : il est à la fois ce que les pouvoirs publics voudraient que les religions fassent pour plus de paix sociale et l’attitude des croyants, au nom de leur foi, envers les croyants des autres religions. Réduire le dialogue à la première dimension risque d’anesthésier la capacité critique et prophétique des religions envers ces mêmes pouvoirs publics et, plus fondamentalement, fait courir le risque aux religions de démissionner sur ce point et de s’en remettre uniquement aux pouvoirs publics pour organiser le dialogue entre elles.

L’attitude des chrétiens envers les croyants des autres religions a été profondément façonnée par la relation qu’ils entretiennent envers le judaïsme. Contre toute tentation marcioniste de « purifier » le christianisme des éléments juifs qu’il contient, l’Église catholique reconnaît que son identité propre fait constitutivement référence à l’altérité du judaïsme. Ceci est repris clairement dans la déclaration  Nostra ætate (1965) du concile Vatican II.

Par ailleurs, l’encyclique Ecclesiam suam (1964) de Paul VI proposait une conception renouvelée de la révélation comme « dialogue de salut » (colloquium salutis) entre Dieu et l’humanité. La déclaration Nostra ætate encourage donc les catholiques à chercher tout ce qui est vrai et saint dans les autres religions, dans un dialogue sincère et respectueux avec les autres croyants.

Mgr Aveline a conclu son intervention en présentant deux enjeux théologiques majeurs, pour qui a accepté de se lancer dans cette aventure spirituelle et intellectuelle exigeante. Le premier est de renforcer, avec l’aide de la théologie des chrétiens d’Orient, notre théologie de l’Esprit saint, dont Jean-Paul II disait dans son encyclique Redemptoris missio (1990) qu’il agissait non seulement dans les cœurs des personnes mais aussi dans les sociétés, les cultures et les religions. Le second enjeu est la compréhension de la mission de l’Église comme coopération au travail de l’Esprit saint, qui poursuit ce « dialogue de salut » qu’est la révélation. L’Église doit donc se comprendre non pas comme une ONG ni comme une entreprise visant sa propre croissance, mais comme étant au service de la relation entre Dieu et le monde.

La question de l’existence de Dieu chez Ibn Taymiyya

Adrien Candiard

Membre de l’Idéo et doctorant en études islamiques

icon-calendar 22 mai 2018

Pour Heidegger (1889‒1976), si la métaphysique a échoué dans son projet, c’est qu’elle a identifié l’Être et Dieu, se transformant en une onto-théologie stérile. Cette description s’applique sans aucun doute à Avicenne (m. 428/1037), pour qui la preuve de l’existence de Dieu se trouve dans la nécessité qu’il y ait un terme à la chaîne des causalités. Dieu est l’Être nécessaire qui n’a pas d’autre cause que lui-même.
 
Cette preuve de l’existence de Dieu répugne à Ibn Taymiyya (m. 728/1328), non seulement parce qu’elle s’enracine dans des outils logiques humains, incapables par définition d’atteindre l’être divin, mais aussi parce qu’elle n’est valide que dans le monde clos de la logique, sans rien dire de l’existence effective de Dieu.
 
Parmi toutes les réfutations philosophiques d’Ibn Taymiyya, la réfutation d’al-Siǧistānī (m. après 361/971) dans le Darʾ al-taʿāruḍ bayna al-ʿaql wa-l-naql est particulièrement intéressante. Dans son Kitāb al-maqālīd al-malakūtiyya, al-Siǧistānī critique la définition avicénienne de l’existence de Dieu comme ‘être nécessaire’ (wāǧib al-wuǧūd) car elle fait de Dieu un être composite, il partagerait avec ses créatures le fait d’être, mais il aurait en propre d’être nécessaire. Al-Siǧistānī explique alors que l’être de Dieu n’a aucun rapport avec l’être des créatures. Ibn Taymiyya critique cette position qui revient à dire que Dieu n’existe pas, car on ne peut dire de lui ni qu’il est, ni qu’il n’est pas, ce qui est contradictoire selon les lois de la logique elle-même.
 
Cette contradiction, pour Ibn Taymiyya, repose sur une erreur que partagent tous les philosophes : ils croient que l’existence, qui n’est qu’un concept, a une existence réelle. Or l’existence, comme tous les universaux, n’existe pas en dehors de notre esprit. Il est donc vain de chercher à démontrer Dieu par une voie conceptuelle qui ne peut atteindre que des concepts sans existence réelle : il faut trouver une voie directe. Or précisément, l’homme connaît que Dieu existe grâce à une faculté naturelle innée, la fiṭra. Nul besoin de la médiation des concepts pour savoir que Dieu existe. Et si quelqu’un refuse de reconnaître que Dieu existe, c’est tout simplement que sa fiṭra est malade.
 
Le problème d’une telle solution, nominaliste s’il en est, est qu’elle est non réfutable. Quiconque remettrait en doute la pensée d’Ibn Taymiyya ne ferait que prouver que sa fiṭra est déficiente.

Progrès spirituel et progrès intellectuel

Séminaire mixte Azhar-Idéo

icon-calendar 7 mai 2018

Le 7 mai s’est tenue une nouvelle séance de notre séminaire mixte al-Azhar-Idéo, à la Faculté des langues et traductions. Le thème retenu était celui de « foi et raison », à partir du commentaire d’un texte du célèbre prédicateur égyptien Muḥammad al-Ghazālī (1917‒1996) tiré de son ouvrage Les pilliers de la foi, entre la raison et le cœur (Rakāʾiz al-īmān, bayn al-ʿaql wa-l-qalb, 1974). Le chapitre étudié était intitulé « L’écart entre progrès spirituel et progrès intellectuel ».
Dans ce chapitre, l’auteur lance tout d’abord un appel à une piété qui ne soit pas au détriment de l’homme et de son développement. Il fait ensuite une description du monde qui se perd dans un matérialisme stérile, et un rationalisme errant, coupé de la foi en Dieu, avant de faire le constat que ni le judaïsme, ni le christianisme, ni l’islam n’apportent de réponses convaincantes aujourd’hui à l’équilibre spirituel de l’homme. L’auteur conclut sur un appel à mettre en pratique un vrai islam, qui ordonne le bien et qui interdise le mal.


Les trois intervenants ont présenté divers aspects du texte. Le frère Jean Druel a étudié la construction littéraire du texte, Mme Héba Mahrous a montré comment la vision de l’auteur s’inscrivait dans un cadre musulman plus général, et M. Ahmad al-Shamli a replacé ce chapitre dans le cadre de l’ouvrage dans son ensemble.

La discussion qui a suivi a soulevé les questions suivantes : un texte à portée clairement apologétique est-il le meilleur angle d’approche pour une question philosophique et théologique ? Comment aborder les généralisations qui caractérisent le genre littéraire de la prédication ? Comment évaluer le recours aux sciences humaines dans le texte ? Le simple fait que l’auteur aie recours à des auteurs non-musulmans (ToynbeeCarrel) est une preuve d’ouverture en soi mais dans le plan du texte, les sciences humaines servent aussi de faire-valoir à l’idée que l’homme a une connaissance très limitée de lui-même et qu’il faut mieux faire confiance à Dieu pour dire qui est l’homme et de quoi il a besoin. Enfin, il semble que l’auteur assimile purement et simplement la « raison » à l’« islam », ce qui a pour conséquence de faire disparaître automatiquement la tension avec la foi, sans plus de discussion. Une autre conséquence de cette identification entre la raison et l’islam est que les autres religions sont nécessairement irrationnelles, puisqu’elles ne sont pas l’islam.
Enfin, la conclusion de l’auteur sur la nécessité « d’ordonner le bien et d’interdire le mal » (al-amr bi-l-maʿrūf wa-l-nahy ʿan al-munkar) est extrêmement ambiguë car al-Ghazālī ne prend nulle part la peine d’insister sur la difficulté à discerner le bien du mal dans les situations particulières.

De l’usage politique à l’usage historiographique du vers de poésie

Noëmie Lucas

Doctorante à l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne

icon-calendar 30 avril 2018

Dans son ouvrage Ansāb al-ašrāf, al-Balāḏurī (m. 279/892 ?) transmet l’épisode de la construction du canal al-Mubārak par le gouverneur de l’Irak Ḫālid b. ʿAbd Allāh al-Qasrī (m. 126/743), qui a été loué par le poète al-Farazdaq (m. 110/728 ?) puis finalement moqué par lui, pour se venger de ce que Ḫālid ne lui a pas donné de récompense pour sa louange initiale. Al-Farazdaq a été emprisonné pour cet affront, puis finalement relâché par grâce du calife Hišam b ʿAbd al-Malik (r. 724‒743), après qu’il lui a rédigé des vers de louange.

Le texte d’al-Balāḏurī intègre les fameux vers dans sa narration historique en prose, au point qu’on peut se demander si les passages narratifs ne seraient pas en réalité la contextualisation historique des vers, alors même que les chercheurs ont tendance à considérer ces vers comme une simple illustration de la prose historique.

Cette impression est renforcée par exemple par la contextualisation différente qu’Abū al-Faraǧ al-Aṣfahānī (m. après 362/972) donne des mêmes vers dans son Kitāb al-aġānī.

La réalité est probablement entre ces deux visions extrêmes, l’une qui ferait de la poésie une simple illustration de la narration historique et l’autre qui ferait de la narration historique un commentaire de la poésie citée. La poésie joue un rôle majeur dans les cultures pré-islamique et islamique, elle fait et défait les réputations, elle enregistre les évènements, elle construit l’histoire, elle s’appuie sur l’autorité de personnages craints et respectés, elle a un rôle esthétique… En un mot, elle ne fait qu’un avec le texte et c’est en tenant les deux ensemble, vers et prose, qu’il faut lire et interpréter ces sources historiques anciennes.

Les interactions entre chiʿites duodécimains et chrétiens : histoire, théologie, littérature

icon-calendar 11‒13 avril 2018

L’Idéo, en partenariat avec l’ISTR de Paris (Institut de science et théologie des religions) et le GRIEM (Groupe de recherche interdisciplinaire sur les écritures missionnaires), a organisé un colloque soutenu par l’association « Les Amis de l’IDEO » et l’Œuvre d’Orient du 11 au 13 avril 2018 sur les interactions entre les chiʿites duodécimains et les chrétiens. Plusieurs spécialistes de renommée internationale y ont participé, notamment les professeurs Rudi Mathee et Francis Richard. Une délégation de savants venus d’Irak et de l’Institut Al-Khoei a aussi participé.

En mettant l’accent sur les interactions, ce colloque se proposait d’explorer les récits de voyages, les écrits des missionnaires, les textes théologiques, les rapports des ambassades et les manuscrits, afin de questionner la nature des regards portés sur l’autre, les types d’échanges et de relations entre les groupes. Il s’agissait aussi d’exposer l’évolution des identités, la transformation de chacun due à ces interactions, dans des contextes politiques pluriels selon les époques.

Nous avons montré l’existence de nombreux transferts rendus possibles en raison d’une nécessité théologique pour les chiʿites, mais aussi en raison de la proximité théologique et spirituelle liée à la théologie de la rédemption et à la fascination chiʿite pour le Dieu d’amour. Les arguments économiques ont aussi été mis en avant, puisque l’absence de subsides venant d’Europe a obligé les communautés missionnaires à des échanges économiques dans le monde où elles vivaient, parfois au prix de la transgression de leurs propres règles. Des enjeux politiques ont aussi été à l’œuvre : la rivalité entre les Ottomans, les Moghols et les Safavides a rendu nécessaires des alliances avec les chrétiens, alliances qui ont donné lieu à des manifestations d’amitié et des expressions d’estime de l’autre. La curiosité et l’empathie ont aussi été relevées, et l’on a pu parler de « christianophilie » du côté chiʿite.

Cependant, loin de vouloir idéaliser le passé, l’histoire témoigne aussi de visions partielles et parfois négatives sur l’autre : historiquement, des oulémas ont pu demander que soient chassés les chrétiens ou exiger leur conversion. À maintes reprises il a été fait mention de la situation tragique des Arméniens et de la domination des controverses. Réelles ou fictives, les controverses ont circulé, au-delà de l’empire, et véhiculé une argumentation à prétention transhistorique. Aux 18ᵉ et 19ᵉ siècles, les controverses s’inscrivent dans une logique plus politique, plus agressive aussi : elles sont une commande de l’État, ce qui témoigne d’une politisation des relations chiʿito-chrétiennes.

Il fut aussi question des activités missionnaires chrétiennes, dont la nature varie selon les capucins, les carmes ou les jésuites. Devant l’absence de conversion des musulmans, les missionnaires se sont interrogés sur leur formation, sur la nécessité de développer de nouveaux arguments, sur l’impact possible des convertis comme principaux acteurs de la mission, sur les populations à cibler en priorité, sur l’appui éventuel des milieux spirituels musulmans et du patrimoine poétique persan…

Les transferts culturels, spirituels ou religieux sont visibles au niveau de la convocation des saints, de l’iconographie, de la présentation des évangiles avec une basmala chrétienne au début de chaque évangile…

Finalement, ces échanges, ces interactions ont-ils permis une meilleure connaissance de l’autre ? Assurément, mais les rapports des missionnaires, les récits de voyages, les œuvres théologiques révèlent souvent des connaissances partielles, nonobstant la volonté de mieux faire connaître l’autre.

Les actes de ce colloque seront publiés dans le MIDÉO 35 (2020).