Séminaires

Mis en avant

Nous organisons actuellement plusieurs séminaires et colloques :

  1. Un séminaire public, consacré à la culture arabo-musulmane. Environ deux séances mensuelles, soit en arabe, soit en français, soit en anglais. Gratuit et ouvert à tous. Inscrivez-vous ici pour recevoir les invitations. Voir ici les comptes rendus des séances.
  2. Le séminaire « Massignon », séminaire de recherche réservé aux membres de l’Idéo.
  3. Des colloques internationaux, au Caire ou ailleurs, dont les actes sont publiés dans le MIDÉO. Voir ici les comptes rendus de ces colloques.
  4. Depuis 2018, l’Idéo est aussi co-organisateur du cycle mensuel de conférences « Midan Mounira », aux côtés de l’Institut français d’Égypte, du CEDEJ et de l’Ifao. Voir ici les comptes rendus des séances proposées par l’Idéo.

Les « hommes de religion » dans l’Islam contemporain (années 1970‒2010)

Dominique Avon
Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), Directeur adjoint de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et membre de l’Idéo

icon-calendar Dimanche 3 novembre 2019

 

Alors que la conjoncture interne au monde musulman était favorable au début des années 70 (indépendance retrouvée face aux colonisateurs, formation des élites religieuses en Occident, unité de vues autour d’un projet de constitution d’État islamique…), ce sont les divisions internes qui ont dominé à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 (révolution iranienne, traité de paix égypto-israélien, prise de la Grande Mosquée de la Mecque, assassinat de Sadate…)

S’il est évident que des facteurs extérieurs expliquent en partie la crise que traverse le monde musulman (occupation israélienne, guerres du Golfe successives…), il faut aussi prendre en compte la profondeur des divisions internes au monde musulman. Trois questions peuvent illustrer ces divisions : la question des mœurs (faut-il préserver l’intégralité des lois islamiques, et si oui, faut-il les appliquer réellement, ou bien faut-il renoncer à préserver ces lois et en abandonner officiellement certaines parties ?), la question du régime politique islamique idéal (califat, royauté, république ?), et la question du rapport au passé (retour vers un passé idéal, sélection et réinterprétation ?)

La vive opposition actuelle entre l’Union mondiale des savants musulmans et le Conseil des sages musulmans reflète ces divisions et seul l’avenir pourra dire quel chemin les musulmans choisiront de prendre.

Cliquer ici pour regarder la vidéo…

L’émergence de l’autorité de Muḥammad dans les Kutub al-maġāzī

Adrien de Jarmy

doctorant à Sorbonne Université, boursier Idéo/Ifao 2019‒2020

icon-calendar Mercredi 31 octobre 2019 à 17h00

En s’appuyant sur une méthode quantitative qui compte les traditions se rapportant au Prophète et aux Compagnons et qui mesure leur distribution dans les ouvrages anciens de la tradition musulmane, Adrien de Jarmy tente de déterminer les seuils et les dynamiques politico-religieuses qui marquent l’évolution des représentations du Prophète. Ainsi, dans le Kitāb al-maġāzī du Muṣannaf de ʿAbd al-Razzāq al-Ṣanʿānī (m. 211/826), qui reprend à 96% des récits transmis par Maʿmar b. Rāšid (m. 153/770), le Prophète est avant tout un guerrier et il n’occupe pas une place aussi centrale que dans la Sīra d’Ibn Hišām (m. 213/828), où il est omniprésent, à la fois comme législateur et comme thaumaturge. Il semblerait qu’après la révolution ʿabbāside en 132/750, le pouvoir politique ait à la fois besoin de justifier son lien au Prophète, de légitimer sa capacité à gouverner et de convaincre les juifs et les chrétiens de se convertir à l’islam en encourageant l’émergence d’une historiographie impériale, ce qui n’était pas la priorité des Omeyyades. Il se peut aussi que le Muṣannaf de ʿAbd al-Razzāq, rédigé au Yémen, témoigne de préoccupations périphériques différentes de celles qui prévalent à Bagdad, tout en nous renseignant sur l’état de l’historiographie à la fin de l’époque omeyyade. Il se peut enfin que certains de ces récits viennent de traditions populaires orales (quṣṣāṣ) qui se seraient frayé un chemin dans les récits biographiques qui deviendront canoniques.

Un mot d’explication sur la langue et la grammaire du Coran

Dr. Abd al-Hakim Radi, Professeur de littérature arabe, de critique littéraire et de rhétorique à la Faculté des sciences humaines de l’Université du Caire et membre de l’Académie de la langue arabe au Caire

Frère Jean Druel, directeur de l’Idéo et chercheur en histoire de la grammaire arabe

icon-calendar 10 septembre 2019

Lors d’une conférence qu’il a donnée au mois de novembre dernier, le frère Jean Druel a esquissé une histoire de la langue arabe, en lien avec les autres langues sémitiques. Il a abordé la question du statut de la langue du Coran et son lien avec les autres phases historiques de la langue arabe, mettant en avant quelques-unes des spécificités de chacune de ces phases successives qui coexistent aujourd’hui dans l’usage.

Lors de ce séminaire, le Dr. Abd al-Hakim Radi a souhaité répondre à cette conférence du frère Jean, en s’attardant en particulier sur le statut de la langue du Coran et de son éloquence spécifique, qui culmine dans la question du miracle linguistique du Coran. Il a également abordé la question de la grammaire normative de la langue arabe et de son autorité pour juger la langue coranique. Il a expliqué que ce qui, dans le Coran, violait les règles de la langue arabe pouvait recevoir une justification authentiquement arabe, sans aucune contradiction grâce à la flexibilité de la langue arabe et à la diversité de ses dialectes anciens, qui sont tous authentiquement arabes et éloquents. Il a aussi expliqué que les savants musulmans ont largement traité de ces questions dans le passé.

Au final, la différence entre les deux chercheurs est que le frère Jean Druel aborde ces différents états de la langue arabe du point de vue de leur succession historique tandis que Dr. Abd al-Hakim Radi considère cette diversité linguistique au sein d’une langue unique sans histoire et sans développement.

La place de la sunna dans la Risāla d’al-Šāfiʿī (m. 204/820)

Dr. Ahmad Wagih

Professeur à la Faculté de Dār al-ʿUlūm, Université du Caire

icon-calendar 24 juin 2019

Dans cet ouvrage, considéré comme fondateur de la théorie juridique musulmane, al-Šāfiʿī (m. 204/820) entre en débat avec deux groupes distincts qui s’opposaient, les « Irakiens » et les « Hijaziens », sur la question de l’argumentation juridique : quel type de preuves sont-elles licites, et quelle est leur force les unes par rapport aux autres ? Une des questions disputées est celle de l’autonomie de sunna dans l’argumentation juridique. À la différence des ouvrages plus tardifs, la Risāla d’al-Šāfiʿī suit un plan apologétique qui n’est pas systématique. Dans son argumentation, al-Šāfiʿī donne, dès les premières pages de son ouvrage, une place centrale au Prophète, et donc à la sunna et aux ḥadīṯs, par rapport au Coran. Il s’appuie pour cela sur plusieurs versets du Coran, comme par exemple celui-ci : « Croyez en Dieu et en son Prophète » (Q. 4 al-Nisāʾ, 136), entre autres versets.

Ibn Taymiyya et le Dieu des philosophes

Frère Adrien Candiard

Doctorant et membre de l’Idéo

icon-calendar 23 avril 2019

Dans le neuvième volume de son volumineux Darʾ taʿāruḍ al-ʿaql wa-l-naql, qui constitue une réfutation précise et extrêmement informée des thèses rationalistes, Ibn Taymiyya (m. 728/1328) consacre près de cinquante pages à la réfutation des thèses métaphysiques d’Aristote, telles que présentées par Ṯābit b. Qurra (m. 288/901) dans son Talḫīṣ.

À la différence des philosophes qui présupposent tous une autonomie de la raison par rapport à la révélation, Ibn Taymiyya défend l’idée que la révélation est la raison et le point de départ de tout raisonnement.

Dieu ne peut pas être uniquement cause finale, le moteur non mû d’Aristote, mais il doit être considéré en même temps cause efficiente, ce qui contredit Aristote. Pour Ibn Taymiyya, la révélation nous enseigne que Dieu est à la fois Ilāh « Dieu », cause finale en tant qu’objet d’adoration, et Rabb « Seigneur », cause efficiente en tant que créateur. Ibn Taymiyya réfute aussi l’idée que le monde soit éternel, ce qui est incompatible avec la révélation, quoiqu’en dise les philosophes qui se prétendent musulmans. Enfin, il défend l’idée non aristotélicienne qu’il y a de la volonté en Dieu, en tant que cause première. C’est par sa volonté, et non en vertu d’un désir ni d’un manque, que Dieu crée le monde.

Le « Dieu des philosophes », pour reprendre la formule de Blaise Pascal, n’est pas le Dieu créateur de la révélation mais seulement le fruit de l’égarement d’une raison humaine qui serait abandonnée à elle-même.

Chrétiens et musulmans sous la sharia au nord du Nigeria : le point de vue d’un curé de paroisse

Frère Felix Emeka Udolisa

Curé de paroisse à Gusau, État de Zamfara

icon-calendar 2 avril 2019

Depuis 1999, les États à majorité musulmane du nord du Nigeria ont décidé d’appliquer la sharia non seulement pour les questions de statut personnel, ce qui était déjà le cas avant cette date, mais aussi pour la loi pénale, ce que certains considèrent comme anticonstitutionnel. En effet, les États n’ont pas la compétence constitutionnelle d’appliquer une loi pénale qui leur soit propre, ceci afin de garantir l’égalité de tous les citoyens devant la loi, quel que soit leur lieu de résidence au Nigeria.

Tous les musulmans au Nigeria sont loin d’apporter le même soutien à ces mesures. Les Yoroubas qui vivent à l’ouest du pays ont toujours eu une approche plus conciliante avec les minorités qui habitent sur leurs territoires. En revanche, au nord, les Haoussas et les Peuls sont beaucoup plus intolérants aux mariages mixtes et au soutien des minorités, et les quelques villages chrétiens de la région sont délaissés par l’État (éducation, santé…)

Beaucoup de violence se déchaîne dans la région : conflits entre sédentaires et nomades, drogue, banditisme, sectarisme, un peu trop facilement attribué au groupe Boko Haram, originaire de l’est du pays. Ce groupe, dont la rhétorique anti-occidentale a séduit les populations délaissées par le gouvernement fédéral, a su trouver des appuis jusque dans l’armée, ce qui rend leur éradication très compliquée.

Vingt après l’application de la sharia comme loi pénale, la vie quotidienne s’est normalisée, mais l’insécurité reste élevée et les tensions ethniques et économiques demeurent.

 La position d’Alfarabi sur la prophétie et sur la qualité de prophète

Dr. Catarina Belo

Professeure associée de philosophie à l’Université américaine du Caire

icon-calendar 19 mars 2019

Durant cette séance de séminaire, Catarina Belo a présenté les vues d’al-Fārābī (m. 339/950) sur la prophétie et sur la qualité de prophète, dans le cadre de sa philosophie de la religion. Les écrits métaphysiques et politiques d’al-Fārābī cherchent en effet une harmonie entre philosophie et religion, que l’on retrouve dans sa vision du philosophe-roi et du prophète.

Al-Ǧurǧānī et les débuts de la pragmatique

Dr. Zeinab Taha

Professeur adjoint de langue arabe à l’université américaine du Caire

icon-calendar 5 mars 2019

Il y a souvent une différence entre le sens des mots selon le dictionnaire et l’intention du locuteur qui utilise ces mots, selon ses connaissances, sa culture, sa religion éventuellement, le contexte où il vit. La pragmatique est un domaine de la linguistique qui étudie cette différence. C’est la pragmatique qui peut par exemple rendre compte du fait que l’on peut parfaitement comprendre tous les sens des mots d’une blague et ne pas comprendre ce qui est en jeu. Il en va de même pour certaines expressions idiomatiques. Par exemple, on peut parfaitement comprendre ce qu’est une pastèque, ce que veut dire le verbe « mettre » et ce qu’est le ventre et ne pas comprendre l’expression « il a mis une pastèque d’été dans son ventre » (ḥāṭiṭ fī baṭnihi baṭṭīḫa ṣayfī), qui en Égypte se traduit par « il est tranquille » ou « il n’en a rien à faire ».

Le premier grammairien arabe à s’être posé la question explicitement de la différence entre le sens obvie et le sens réellement voulu par le locuteur est ʿAbd al-Qāhir al-Ǧurǧānī (m. 470/1078). À la différence des grammairiens avant lui qui organisent leurs traités de grammaire selon les formes grammaticales, al-Ǧurǧānī prend comme point de départ de sa réflexion les sens voulus par le locuteur et étudie les différentes façons de les rendre dans une langue grammaticalement correcte.

Perspectives musulmanes sur le dialogue interreligieux

Djamel Djazouli, Denis Gril et Omero Marongiu-Perria

Une table ronde animée par le frère Adrien Candiard (Idéo)

À l’Institut français d’Égypte

icon-calendar 30 novembre 2018

S’il est vrai que le dialogue interreligieux a longtemps été à l’initiative des chrétiens, des voix musulmanes de plus en plus nombreuses se font aujourd’hui entendre, qui appellent à retrouver les fondements proprement coraniques et prophétiques de la rencontre avec les non-musulmans. Le frère Adrien Candiard, doctorant en études islamiques, a animé une table-ronde entre trois intellectuels musulmans francophones : Djamel Djazouli, spécialiste du Coran et directeur de l’Institut an-Nour à Cergy-Pontoise, Denis Gril, spécialiste du soufisme et professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, et Omero Marongiu-Perria, sociologue des religions et chercheur à l’Institut du pluralisme religieux et de l’athéisme (IPRA).

 icon-video-camera Voir la vidéo.

Si le message coranique est centré sur l’unicité de Dieu, c’est pour mieux mettre en avant la diversité que Dieu a voulue pour l’humanité, une diversité humaine de communautés et de rites qui seule peut exprimer la richesse de l’unicité divine. Au-delà des dialogues que nous pouvons avoir entre nous, et de manière plus fondamentale, Dieu est en dialogue avec l’univers.

Cette infinie profondeur divine ne peut se dire en mots simples et univoques, c’est pourquoi les versets du Coran prennent souvent la forme de paradoxes, tenant en même temps des expressions apparemment contradictoires : le Coran est la vérité ultime et Dieu seul sait qui est bien guidé ; ou encore la religion unique est l’islam et le Prophète Muḥammad intercédera pour toutes les communautés lors du jugement.

Nous sommes donc appelés à revoir nos conceptions de ce qu’est la vérité, non pas comme un contenu univoque qu’on pourrait asséner aux autres mais une réalité que chacun doit recevoir, face à laquelle chacun doit se positionner et faire des choix qui seront nécessairement différents pour chacun. L’islam appelle donc chacun à avancer sans crainte sur ce chemin qui conduit à Dieu, et à poser des choix en dialogue les uns avec les autres.