Un tournant épistémologique : de la sunna à la šarīʿa puis la rupture de l’époque moderne

Rocio Daga Portillo

Professeur d’islamologie à l’université de Munich

icon-calendar  28 mars 2017

Il est frappant de constater que dans le Coran et les textes les plus anciens, c’est le terme de sunna qui est utilisé plutôt que celui de šarīʿa en référence à la loi. La sunna signifie alors la loi orale transmise par la tradition et les anciens. Elle fait partie, pour les auteurs chrétiens et musulmans, de la révélation non écrite. À partir du XI siècle, un tournant épistémologique a lieu : la sunna est canonisée en tant que texte écrit et la šarīʿa prend alors le sens de loi musulmane, à côté de l’expression aḥkām al-islām. Chez des auteurs modernes comme Ḥasan al-Bannā et Sayyid Quṭb, le terme de šarīʿa est progressivement utilisé dans le sens d’un corpus de lois écrites.

Rationalité et affectivité dans les discours religieux et extrémiste : l’exemple de la fraternité

Séminaire mixte Azhar-Idéo

icon-calendar  25 mars 2017

Le samedi 25 mars a eu lieu la deuxième rencontre entre l’Idéo et le DEIF (Département des Études Islamiques en Français) à la faculté des langues et traduction (garçons) de l’université d’al-Azhar. La rencontre traitait de « la rationalité et l’affectivité dans les discours religieux et extrémiste, l’exemple de la fraternité » et approfondissait ainsi le thème de l’extrémisme lancé lors de la première rencontre en abordant une valeur religieuse précise, la fraternité.

La première intervention, faite par Hazem al-Rahmany, étudiant du DEIF, consista en deux points : un tour d’horizon de l’appel à la fraternité universelle dans les textes fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l’islam, appel cosmique mis en regard avec les discours institutionnels actuels. Si ceux du Vatican (Jean-Paul II, François) ou des cheikhs d’al-Azhar (Aḥmad al-Ṭayyib, Muṣṭafā al-Marāġī) vont dans ce sens, les organisations extrémistes comme Daesh se caractérisent au contraire par une fraternité restrictive excluant les mécréants étrangers et même les membres de la famille biologique.

La deuxième intervention fut le fait de Hind Amin, assistante à la faculté des sciences humaines et détentrice d’un magister de traduction effectué à partir de l’ouvrage Le terrorisme d’Arnaud Blin. Hind se concentra sur la question : le discours religieux engendre-t-il l’extrémisme ? Elle a exposé quatre mécanismes du discours religieux : (1) amalgame entre religion et pensée, (2) retour à un principe premier universel, (3) fondement sur des ancêtres sacralisés et (4) utilisation d’affirmations péremptoires ou arguments d’autorité. Puis Hind a proposé une thèse : le discours extrémiste trouve son origine dans les idéologies révolutionnaires du XXsiècle reprises par les mouvements de décolonisation. L’islamisme se situe dans cette continuité historique générale enrichie de causes spécifiques au monde arabe (question palestinienne, révolution iranienne, invasion soviétique en Afghanistan).

La troisième intervention a vu parler Rémi, membre de l’Idéo. Il a proposé sur la fraternité une étude historique de ses usages en Occident depuis son origine grecque contenant déjà la dualité entre limitation à une communauté (la cité) et universalisme (chez les stoïciens puis néo-pythagoriciens), ses développements chrétiens qui, des relations dans une « maison de l’esprit », appel à une « nouvelle création », ont vu le sens de la fraternité se recroqueviller sur les communautés chrétiennes jusqu’aux seules congrégations. La notion a subi alors la critique de Luther qui ne réussit cependant pas à la ré-universaliser, en restant à une « fraternité sainte dans le baptême ». C’est le piétisme de Johan Arndt qui, au XVIIe, revient à une fraternité spirituelle, celle qui sera sécularisée par les Francs-Maçons et la Révolution française. Rémi a alors proposé une théologie chrétienne de la fraternité : par distinction d’un amour fraternel originaire, il se fonde sur les querelles fratricides de la Bible pour montrer que cet amour n’est pas originel mais toujours à construire, qu’il est une réalité du Royaume des cieux à laquelle il convient de se préparer en la construisant. Rémi a alors pu proposer le point dirimant qui détruit la fraternité en nationalité : le discours religieux affirme la fraternité comme une grâce divine qu’il convient de réaliser partout, le discours extrémiste la détient et la distribue sélectivement.

La discussion qui s’ensuivit fut très riche et, de l’aveu de tous, plus approfondie et critique, signe de la construction d’une véritable réflexion commune. Un des points de césure fut l’érection ou non de la fratrie comme modèle de la fraternité : l’amour fraternel est-il une origine à retrouver ou constitue-t-il un horizon eschatologique ? Caïn est-il empreint par nature de haine envieuse ou celle-ci est-elle une perturbation d’une pureté originelle de la fratrie ? les frères sont-ils dans une relation d’amour ou de nécessité ? Faut-il alors vraiment poser la fraternité comme le modèle de la relation d’amour universel ? N’y a-t-il pas un oxymore dans la prétention à une fraternité universelle, sachant que la solidarité qu’elle exige risque alors d’être totalement dissoute ? La référence à la famille originaire que suppose l’idée de fraternité n’est-elle pas, comme l’idée de patrimoine, un conservatisme craignant d’affronter la modernité qui suppose au contraire l’auto-fondation du sujet pensant et de la communauté politique ?

L’extrémisme : historique, définition et diagnostic

Séminaire mixte Azhar-Idéo

icon-calendar  18 février 2017

La première rencontre sur la question de l’extrémisme, organisée dans le cadre de la collaboration entre l’université d’al-Azhar et l’Idéo, avait pour thème « l’extrémisme : historique, définition et diagnostic ». Tout s’est déroulé en français et la matinée de travail a été suivie d’un déjeuner au couvent.

Mohammed Ashraf (doctorant de la Faculté des garçons de Langues et traductions) a présenté plusieurs définitions tirées de dictionnaires et de centres de lutte contre la radicalisation. L’extrémiste a la conviction d’avoir la vérité absolue, et est prêt à recourir à tous les moyens pour l’imposer. Il manifeste une incapacité à accepter d’autres opinions et remet en question la norme socialement acceptée. L’extrémisme est donc un phénomène relatif. Ce qui est jugé extrême dans un contexte ne le sera pas dans un autre contexte. Toute réforme est extrémiste en ce sens qu’elle remet en cause un équilibre social et religieux. En tant qu’il bouscule l’équilibre social de la Mecque, le Prophète peut être qualifié d’extrémiste. Le problème de l’extrémisme n’est donc pas tant son potentiel réformateur que son potentiel de violence.

Pacynthe el Hadidy (maître-assistante de la Faculté féminine des Sciences humaines) a soulevé des questions similaires : si l’extrémisme consiste en l’éloignement par rapport à un centre, qui définit ce centre ? Toute doctrine génère ses extrémistes, que ce soit en politique, en économie, en religion. Le problème principal de l’extrémisme est dans le passage à l’acte violent, mais même dans ce cas, tout est question de point de vue. Les résistants des uns sont les terroristes des autres. L’extrémiste qui commet un acte violent se sent autorisé à faire le mal pour un bien supérieur. Le potentiel de violence que contient l’extrémisme repose souvent sur une déshumanisation de l’adversaire, un refus du dialogue, un sentiment d’impuissance ou de désespoir face à la situation.

Guillaume de Vaulx (chercheur à l’Idéo) a opté pour une approche plus philosophique. Il est parti de la définition suivante du concept d’extrémisme : « déviance à une norme sociale qui se fait au nom de la norme même ». Cette définition contient en son sein le problème : comment lutter contre cette déviance qui se prétend la plus normale ?
Trois attitudes sont possibles :

  1. Dénonciation de l’extrémisme de l’action (la valeur qui sert de norme n’est pas touchée).
  2. Dénonciation de l’hérésie de l’interprétation qui la fonde (l’interprétation orthodoxe de la valeur qui sert de norme est précisée).
  3. Dénonciation de la valeur elle-même et révolution sociale refondant les normes.

Ainsi, sur le nationalisme, pour reprendre l’exemple pris par Pacynthe, on peut s’interroger : le meurtre d’Isaac Rabin est-il juste un acte extrémiste ? le fait d’un sionisme religieux à dénoncer contre le sionisme laïc des fondateurs ? une preuve de l’invalidité même du sionisme (et de tout nationalisme) ?

À cette analyse sociologique, a succédé un questionnement philosophique : avec la première attitude, l’extrémisme signifie que les valeurs ne sont pas des idéaux mais des juste milieux. On retrouve ici l’opposition de l’aristotélisme au platonisme. Cela implique que la valeur n’est pas bonne en soi, qu’on ne doit pas la cultiver intensément (alors que la beauté, la vérité, etc sont des absolus auxquels on tend, sans excès possible), bref, la valeur est dévalorisée. D’où l’appel de Guillaume à repartir des idéaux pour nos séances de travail (la vérité, la piété, etc sont des absolus).

La discussion qui a suivi ces trois exposés a porté sur les questions suivantes : comment évaluer l’ordre social ou religieux établi et mesurer ce qui s’en écarte à l’extrême ? Est-ce que le passage à l’acte violent est le seul problème ou bien faut-il s’opposer aux extrêmes non violents ? Une définition de l’extrémisme est proposée par Guillaume : « L’extrémisme est une déviance de la norme (religieuse, sociale, économique, politique…) faite au nom de cette norme même qu’il souhaite promouvoir à l’extrême. Ce faisant, l’extrémisme force la norme a reconsidérer ses propres idéaux, face au potentiel de violence qu’ils peuvent manifester quand ils sont poussés à l’extrême. »

La prochaine rencontre est fixée au samedi 25 mars prochain à 10 heures à la Faculté des langues et traduction.

Coopération avec l’Université d’al-Azhar

Le 27 novembre 2016, nous avons eu la joie de signer enfin un accord-cadre de coopération avec l’Université d’al-Azhar, les deux départements francophones des facultés de Langues et traduction (garçons) et de Sciences humaines (filles). Des négociations étaient en cours depuis le mois de mars 2015. L’amitié et la persévérance des étudiants et des enseignants a eu raison des réticences administratives et idéologiques. Nous allons maintenant pouvoir organiser des activités en commun.

Le 11 et le 14 janvier 2017 ont eu lieu les deux premières réunions du comité de pilotage de l’accord de coopération entre l’université d’al-Azhar et l’Idéo. Nous nous sommes mis d’accord pour organiser un séminaire mensuel sur l’extrémisme : historique, définition et diagnostic. Nous voudrions, dans un second temps, planifier des activités communes pour essayer de relever ce défi de l’extrémisme.

La première édition du commentaire d’al-Tilimsānī sur le poème deʿUmar ibn al-Fāriḍ

Giuseppe Scattolin

Professeur de mystique musulmane et d’islamologie

Avec M. ʿAbd al-Samīʿ Salāma, éditeur de manuscrits à la Bibliothèque nationale égyptienne

 14 février 2017

Le commentaire d’al-Tilimsānī (m. 690/1291) du poème deʿUmar ibn al-Fāriḍ (m. 632/1235) intitulé al-Tāʾiyya al-kubrā est l’un des plus anciens commentaires de ce poème, après celui de Saʿīd al-Dīn al-Farġānī (m. 699/1300). Al-Farġānī et al-Tilimsānī vécurent à la même époque à Konya et furent disciples de Ṣadr al-Dīn al-Qūnawī (m. 673/1274), le disciple préféré de Muḥyī al-Dīn Ibn ʿArabī (m. 638/1240). Ce commentaire éclaire donc les débuts de la série des šuruḥ al-akbariyya du dīwān d’Ibn al-Farīḍ.

Giuseppe Scattolin et ʿAbd al-Samīʿ Salāma ont édité ce commentaire à partir du seul manuscrit connu (Dār al-Kutub 1328 Taṣawwuf Ṭalʿat). Il apparaît clairement, à la lecture du texte, qu’al-Tilimsānī a profité de son commentaire sur la Tāʾiyya al-kubrā pour critiquer certaines idées d’al-Farġānī, y compris aux dépens du texte de la Tāʾiyya et des positions d’Ibn al-Farīḍ sur le soufisme.

 

Les plus vieux manuscrits du Coran

Emilio Platti

Idéo, Professeur émérite de l’Université catholique de Louvain

 24 janvier 2017

Suite à la découverte de manuscrits extrêmement anciens du Coran, et à la datation au carbone 14 des folios de Birmingham entre 568 et 645 (soit entre 56 avant l’hégire et 25 après), les chercheurs dans leur majorité refusent aujourd’hui les datations tardives des manuscrits coraniques les plus anciens proposées par exemple par John Wansbrough dans son livre intitulé Quranic studies (Oxford University Press, 1977). Patricia Crone et Michael Cook avaient eux aussi suggéré qu’il n’existait aucune indication de l’existence de corans avant la fin du 1er/7e siècle (Hagarism, Cambridge University Press, 1977). Il semblerait aujourd’hui qu’une meilleure datation serait plus proche du milieu du 1er/7e siècle, voire même avant cette date.

La découverte à Ṣanʿāʾ en 1972 de très anciens manuscrits coraniques a suscité de nouvelles recherches, et les photographies ultraviolettes qui sont aujourd’hui possibles ont révélé que l’un de ces codex est en réalité un palimpseste, c’est-à-dire qu’il contient un texte plus ancien qui a été effacé et remplacé par un texte plus récent. Une première édition de ce texte effacé a été publiée par Behnam Sadeghi et Mohsen Goudarzi dans Der Islam 87 (2010) sous le titre « Ṣanʿāʾ 1 and the origin of the Qurʾān » et une analyse de ce manuscrit a été publiée entre 2008 et 2014 par Elizabeth Puin sous le titre « Ein früher Koranpalimpsest aus Ṣanʿāʾ ». Une nouvelle édition du texte doit sortir le 28 février 2017 par Asma Hilali chez Oxford University Press sous le titre The Sanaa palimpsest. Malheureusement, ces deux éditions ne contiennent le texte que des 36 folios du manuscrit de Dār al-Maḫṭūṭāt  (Ṣanʿāʾ) et pas les 40 autres folios du même codex qui ont été récemment trouvés à la Maktaba al-Šarqiyya (toujours à Ṣanʿāʾ).

Il est intéressant de noter que cette version plus ancienne qui a été effacée semble être, à ce jour, la seule parmi toutes les copies du Coran qui diffère de la version canonique de ʿUṯmān. Après l’unification du texte Coranique par ʿUṯmān, les versions divergentes ont en effet été supprimées et remplacées par le texte canonique. Le palimpseste de Ṣanʿāʾ est une preuve convaincante que différentes versions de l’époque des compagnons du Prophète ont réellement existé, ce qui était bien connu de la tradition musulmane médiévale, représentée entre autres par le Kitāb al-maṣāḥif d’Ibn Abī Dāwūd.

L’archéologie et l’eau au Maroc médiéval

Thomas Soubira

Archéologue, doctorant à l’Université de Toulouse

 19 décembre 2016

Fouillé par une équipe franco-marocaine, le site de Sidjilmasa, « port » du commerce transsaharien entre le VIIIe et le XVe siècles, se distingue par ses vestiges hydrauliques. Observables sur l’ensemble des zones de fouilles, ces structures pouvant être associées au captage, à l’adduction, au stockage de l’eau, ainsi qu’à l’évacuation des eaux usées, témoignent de la créativité humaine et de la grande diversité des techniques employées pour la gestion d’une ressource si précieuse en zone aride.

Situé dans la plaine du Tafilalet, le site est occupé depuis la préhistoire. La ville de Sijilmasa—ou plus probablement l’agglomérat de maisons fortifiées—est fondée vers la moitié du VIIIe siècle par la tribu berbère des Banū Midrār et est le point de convergences de nombreuses routes caravanières. Léon l’Africain (m. 957/1550) la décrira comme ruinée au début du XVIe siècle.

À la fin du XVIIIe siècle, cette même zone oasienne est aussi le berceau de la dynastie alaouite actuellement au pouvoir au Maroc. Le site de Sijilmasa ne fut préservé de la disparition que parce qu’il a été réutilisé comme cimetière par les alaouites.

Réflexion sur l’argument du cannibalisme dans la théologie musulmane

Eric van Lit

Docteur en études islamiques

 13 décembre 2016

seminar-ericUne petite question n’a cessé de refaire surface de siècle en siècle dans les écrits de différents théologiens musulmans (entre 80 et 90 auteurs ont été identifiés à ce jour) : que se passerait-il si une personne en mangeait une autre ? Les deux pourraient-elles ressusciter physiquement ?

La première occurrence de cette question théologique date de longtemps avant l’Islam, on la trouve dans le De Resurrectione d’Athénagore au 2e siècle, et Augustin (au cinquième siècle) n’hésite pas à écrire que c’est l’argument le plus fort contre la résurrection corporelle. Elle est aussi discutée aussi par Thomas d’Aquin et beaucoup de théologiens chrétiens médiévaux. Continuer la lecture Réflexion sur l’argument du cannibalisme dans la théologie musulmane

La « quatrième philosophie » d’al-Fārābī

Aziz Hilal

Docteur en philosophie arabe

icon-calendar 25 octobre 2016

farabi25oct2016Dans son Kitāb al-ǧadal, al-Fārābī (m. 339/950) évoque une « quatrième philosophie ». Par cette expression, il entend une philosophie qui soit adaptée aux non-spécialistes, qu’ils soient des techniciens d’un art particulier (médecine, grammaire, poésie…) ou de simples gens du commun (al-ǧumhūr). À la différence des trois premières philosophies (métaphysique, philosophie pratique et logique), cette quatrième philosophie s’appuie sur des prémisses communément admises (al-mašhūrāt), c’est-à-dire sur l’héritage culturel et moral commun (« la justice est meilleure que l’injustice », « l’usure est un péché », « il faut honorer ses parents »…) En d’autres termes, tout philosophe qui doit enseigner la vérité à des non-philosophes doit passer par les « sciences locales » largement partagées par eux. Cette quatrième philosophie est politique par essence et changeante. Elle est fondamentalement une pédagogie et grâce à elle, la dialectique (al- ǧadal) n’est plus considérée comme une propédeutique à la philosophia perennis mais bel et bien une philosophie à part entière.

Il a fallu attendre 1986 et la publication des trois volumes des œuvres philosophiques d’al-Fārābī par Rafīq al-ʿAǧam (Dār al-Mašriq, Beyrouth) pour que soit rétablie l’importance majeure de cet auteur en philosophie.

Théorie de la connaissance et polémique religieuse chez Ibn Ḥazm al-Andalusī

Adrien Candiard

Doctorant en islamologie, École pratiques des hautes études, Paris

icon-calendar 15 juin 2016

20160615_Seminaire_Adrien_CandiardLa théorie de la connaissance du théologien et juriste andalou Ibn Ḥazm (m. 456/1064) peut sembler paradoxale au premier abord. D’un côté il est un fervent défenseur du recours à la raison dans la discussion théologique et d’un autre il fait une lecture littéraliste des textes révélés et transmis.

En réalité, Ibn Ḥazm reprend à son compte la théorie de la connaissance d’Aristote, fondée sur des axiomes et sur la démonstration logique de nouvelles connaissances à partir de ces axiomes, à la différence qu’il considère le donné révélé comme des axiomes, non pas comme des connaissances qui doivent être testées par la raison.

La conséquence logique de cette théorie de la connaissance est que la preuve démonstrative est la raison elle-même, et pas son exercice, qu’il n’y a plus de différence entre la foi et la connaissance, entre Dieu et la connaissance de Dieu, et plus généralement entre la science et la simple accumulation de connaissances.

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