Les « hommes de religion » dans l’Islam contemporain (années 1970‒2010)

Dominique Avon
Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), Directeur adjoint de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et membre de l’Idéo

icon-calendar Dimanche 3 novembre 2019

 

Alors que la conjoncture interne au monde musulman était favorable au début des années 70 (indépendance retrouvée face aux colonisateurs, formation des élites religieuses en Occident, unité de vues autour d’un projet de constitution d’État islamique…), ce sont les divisions internes qui ont dominé à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 (révolution iranienne, traité de paix égypto-israélien, prise de la Grande Mosquée de la Mecque, assassinat de Sadate…)

S’il est évident que des facteurs extérieurs expliquent en partie la crise que traverse le monde musulman (occupation israélienne, guerres du Golfe successives…), il faut aussi prendre en compte la profondeur des divisions internes au monde musulman. Trois questions peuvent illustrer ces divisions : la question des mœurs (faut-il préserver l’intégralité des lois islamiques, et si oui, faut-il les appliquer réellement, ou bien faut-il renoncer à préserver ces lois et en abandonner officiellement certaines parties ?), la question du régime politique islamique idéal (califat, royauté, république ?), et la question du rapport au passé (retour vers un passé idéal, sélection et réinterprétation ?)

La vive opposition actuelle entre l’Union mondiale des savants musulmans et le Conseil des sages musulmans reflète ces divisions et seul l’avenir pourra dire quel chemin les musulmans choisiront de prendre.

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Faits religieux et manuels d’histoire

Dominique Avon, Isabelle Saint-Martin et John Tolan (dir.), Faits religieux et manuels d’histoire : contenus, institutions, pratiques, approches comparées à l’échelle internationale, Nancy : Arbre bleu éditions, 2018, 440 pages.

Peut-on et doit-on enseigner les faits religieux à l’école ? À quelles conditions un savoir rigoureux et scientifique sur cette question peut-il être dispensé ? Au moment où, plus que jamais, le religieux est l’objet de multiples projections, qu’il est invoqué, voire instrumentalisé, par des acteurs du champ politique et souvent réduit à la violence qu’il génère, il est important que tous ceux qui ont pour mission de produire et de transmettre la connaissance afin de former les futurs citoyens puissent accéder à des outils de réflexion adaptés. Face à des phénomènes religieux, souvent considérés comme excessivement porteurs de charge émotionnelle, il est tentant, pour les autorités politiques comme pour les enseignants, d’éviter de les prendre en considération. Le parti pris de ce livre, fruit du travail de nombreux spécialistes, est d’aller à l’encontre de ce point trop souvent aveugle de l’enseignement. Instruments par excellence de médiation entre les élèves et les professeurs, les manuels scolaires qui traitent des faits religieux sont ici analysés avec le souci de les objectiver au moyen de la méthode historique et de la comparaison non seulement entre des pays de cultures très différentes, mais aussi entre des conceptions idéologiques hétérogènes, voire concurrentes, au sein d’un même pays.

À la hauteur des défis éducatifs actuels, l’intention de cet ouvrage est de mettre en perspective les institutions scolaires, les contenus enseignés et les pratiques pédagogiques afin que le religieux soit apprécié de la manière la plus juste et qu’il participe à la compréhension d’un monde complexe.

Acheter ce livre sur le site Arbre bleu éditions.

Faire autorité. Les religions dans le temps long et au défi de la modernité

Dominique Avon (dir.), Faire autorité. Les religions dans le temps long et au défi de la modernité (Actes du colloque du 40ᵉ anniversaire de l’AFHRC, Paris, septembre 2014), Rennes: PUR, 2017, 256 pages.

En inscrivant le propos dans la longue durée, ce livre permet de poser des jalons de la construction des autorités religieuses, de leur remise en question puis des formes d’adaptation aux situations nouvelles. En offrant des possibilités de mise en regard avec, par exemple, le sunnisme et le confucianisme, il ouvre la voie d’un comparatisme fécond, qui existe en anthropologie mais qui reste encore trop rare en histoire.

Acheter ce livre sur le site Presses Universitaires de Rennes.