La vérité à l’épreuve du dialogue entre chrétiens et musulmans

Adrien Candiard et Omero Marongiu-Perria, le premier cahier du groupe « Théologie en dialogue », La vérité à l’épreuve du dialogue entre chrétiens et musulmans, Paris, CEF, 2020.

Fruit du dialogue entre Adrien Candiard et Omero Marongiu-Perria pour une théologie partagée, ce premier cahier thématique, proposé par le groupe Théologie en dialogue, questionne les croyants sur le concept de vérité et sur les fondements théologiques du dialogue.

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Ibn Taymiyya et le Dieu des philosophes

Frère Adrien Candiard

Doctorant et membre de l’Idéo

icon-calendar Mardi 23 avril 2019

Dans le neuvième volume de son volumineux Darʾ taʿāruḍ al-ʿaql wa-l-naql, qui constitue une réfutation précise et extrêmement informée des thèses rationalistes, Ibn Taymiyya (m. 728/1328) consacre près de cinquante pages à la réfutation des thèses métaphysiques d’Aristote, telles que présentées par Ṯābit b. Qurra (m. 288/901) dans son Talḫīṣ.

À la différence des philosophes qui présupposent tous une autonomie de la raison par rapport à la révélation, Ibn Taymiyya défend l’idée que la révélation est la raison et le point de départ de tout raisonnement.

Dieu ne peut pas être uniquement cause finale, le moteur non mû d’Aristote, mais il doit être considéré en même temps cause efficiente, ce qui contredit Aristote. Pour Ibn Taymiyya, la révélation nous enseigne que Dieu est à la fois Ilāh « Dieu », cause finale en tant qu’objet d’adoration, et Rabb « Seigneur », cause efficiente en tant que créateur. Ibn Taymiyya réfute aussi l’idée que le monde soit éternel, ce qui est incompatible avec la révélation, quoiqu’en dise les philosophes qui se prétendent musulmans. Enfin, il défend l’idée non aristotélicienne qu’il y a de la volonté en Dieu, en tant que cause première. C’est par sa volonté, et non en vertu d’un désir ni d’un manque, que Dieu crée le monde.

Le « Dieu des philosophes », pour reprendre la formule de Blaise Pascal, n’est pas le Dieu créateur de la révélation mais seulement le fruit de l’égarement d’une raison humaine qui serait abandonnée à elle-même.

Perspectives musulmanes sur le dialogue interreligieux

Djamel Djazouli, Denis Gril et Omero Marongiu-Perria

Une table ronde animée par le frère Adrien Candiard (Idéo)

À l’Institut français d’Égypte

icon-calendar Vendredi 30 novembre 2018

S’il est vrai que le dialogue interreligieux a longtemps été à l’initiative des chrétiens, des voix musulmanes de plus en plus nombreuses se font aujourd’hui entendre, qui appellent à retrouver les fondements proprement coraniques et prophétiques de la rencontre avec les non-musulmans. Le frère Adrien Candiard, doctorant en études islamiques, a animé une table-ronde entre trois intellectuels musulmans francophones : Djamel Djazouli, spécialiste du Coran et directeur de l’Institut an-Nour à Cergy-Pontoise, Denis Gril, spécialiste du soufisme et professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, et Omero Marongiu-Perria, sociologue des religions et chercheur à l’Institut du pluralisme religieux et de l’athéisme (IPRA).

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Si le message coranique est centré sur l’unicité de Dieu, c’est pour mieux mettre en avant la diversité que Dieu a voulue pour l’humanité, une diversité humaine de communautés et de rites qui seule peut exprimer la richesse de l’unicité divine. Au-delà des dialogues que nous pouvons avoir entre nous, et de manière plus fondamentale, Dieu est en dialogue avec l’univers.

Cette infinie profondeur divine ne peut se dire en mots simples et univoques, c’est pourquoi les versets du Coran prennent souvent la forme de paradoxes, tenant en même temps des expressions apparemment contradictoires : le Coran est la vérité ultime et Dieu seul sait qui est bien guidé ; ou encore la religion unique est l’islam et le Prophète Muḥammad intercédera pour toutes les communautés lors du jugement.

Nous sommes donc appelés à revoir nos conceptions de ce qu’est la vérité, non pas comme un contenu univoque qu’on pourrait asséner aux autres mais une réalité que chacun doit recevoir, face à laquelle chacun doit se positionner et faire des choix qui seront nécessairement différents pour chacun. L’islam appelle donc chacun à avancer sans crainte sur ce chemin qui conduit à Dieu, et à poser des choix en dialogue les uns avec les autres.

La question de l’existence de Dieu chez Ibn Taymiyya

Adrien Candiard

Membre de l’Idéo et doctorant en études islamiques

icon-calendar Mardi 22 mai 2018

Pour Heidegger (1889‒1976), si la métaphysique a échoué dans son projet, c’est qu’elle a identifié l’Être et Dieu, se transformant en une onto-théologie stérile. Cette description s’applique sans aucun doute à Avicenne (m. 428/1037), pour qui la preuve de l’existence de Dieu se trouve dans la nécessité qu’il y ait un terme à la chaîne des causalités. Dieu est l’Être nécessaire qui n’a pas d’autre cause que lui-même.
 
Cette preuve de l’existence de Dieu répugne à Ibn Taymiyya (m. 728/1328), non seulement parce qu’elle s’enracine dans des outils logiques humains, incapables par définition d’atteindre l’être divin, mais aussi parce qu’elle n’est valide que dans le monde clos de la logique, sans rien dire de l’existence effective de Dieu.
 
Parmi toutes les réfutations philosophiques d’Ibn Taymiyya, la réfutation d’al-Siǧistānī (m. après 361/971) dans le Darʾ al-taʿāruḍ bayna al-ʿaql wa-l-naql est particulièrement intéressante. Dans son Kitāb al-maqālīd al-malakūtiyya, al-Siǧistānī critique la définition avicénienne de l’existence de Dieu comme ‘être nécessaire’ (wāǧib al-wuǧūd) car elle fait de Dieu un être composite, il partagerait avec ses créatures le fait d’être, mais il aurait en propre d’être nécessaire. Al-Siǧistānī explique alors que l’être de Dieu n’a aucun rapport avec l’être des créatures. Ibn Taymiyya critique cette position qui revient à dire que Dieu n’existe pas, car on ne peut dire de lui ni qu’il est, ni qu’il n’est pas, ce qui est contradictoire selon les lois de la logique elle-même.
 
Cette contradiction, pour Ibn Taymiyya, repose sur une erreur que partagent tous les philosophes : ils croient que l’existence, qui n’est qu’un concept, a une existence réelle. Or l’existence, comme tous les universaux, n’existe pas en dehors de notre esprit. Il est donc vain de chercher à démontrer Dieu par une voie conceptuelle qui ne peut atteindre que des concepts sans existence réelle : il faut trouver une voie directe. Or précisément, l’homme connaît que Dieu existe grâce à une faculté naturelle innée, la fiṭra. Nul besoin de la médiation des concepts pour savoir que Dieu existe. Et si quelqu’un refuse de reconnaître que Dieu existe, c’est tout simplement que sa fiṭra est malade.
 
Le problème d’une telle solution, nominaliste s’il en est, est qu’elle est non réfutable. Quiconque remettrait en doute la pensée d’Ibn Taymiyya ne ferait que prouver que sa fiṭra est déficiente.

Pierre et Mohamed

 Adrien Candiard, Pierre et Mohamed, Paris, Éditions Tallandier, 2018, 80 pages.

Mohamed, jeune algérien de 21 ans, est venu chercher l’évêque Pierre Claverie à l’aéroport d’Oran pour le reconduire à son évêché. Retiré sur une corniche qui domine la ville, il se remémore le temps passé avec Pierre : sa joie et sa fierté quotidiennes d’être son chauffeur, leurs discussions et la naissance de leur amitié, ses doutes et ses peurs aussi, car Mohamed sait le danger à rester auprès de lui dans un pays en proie au fanatisme et à l’intégrisme…
Le 1ᵉʳ août 1996, quelques mois après l’enlèvement des sept moines trappistes de Tibhérine, Mgr Pierre Claverie, dominicain et évêque d’Oran, est assassiné avec son chauffeur Mohamed Bouchikhi. Pierre et Mohamed rend hommage à leur amitié profonde et à l’indéfectible volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie.

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La conception de la vérité dans le Darʾ taʿāruḍ al-ʿaql wa-l-naql d’Ibn Taymiyya

ibn-taymiyyaSi l’histoire du concept de vérité reste à écrire, nul doute que la « période axiale » mise en avant par Karl Jaspers1 y jouerait un rôle central. Plus précisément, elle soulignerait l’apparition presque simultanée de deux conceptions de la vérité distinctes, mais qui partagent une même prétention exorbitante à l’exclusivité universelle. La science grecque se donne comme objet de distinguer le vrai du faux, quand la théologie biblique présente un Dieu vrai par opposition à tous les autres.

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Comprendre l’islam

comprendreAdrien Candiard, Comprendre l’islam. Ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, Paris, Flammarion, 2016.

Depuis des années, nous sommes abreuvés d’informations et d’opinions sur l’islam. L’actualité tragique du monde comme les mutations profondes de la société française, tout ne cesse de pointer vers cette religion à laquelle journaux, sites Internet et émissions de télévision consacrent tant de décryptages. Pourtant, le paradoxe est là : plus on l’explique, moins on le comprend. Pourquoi peut-on dire sur l’islam tant de choses contradictoires ? Et pour connaître son “vrai visage”, comment s’y prendre ? Suffit-il de lire le Coran ? Peut-on enfin savoir si cette religion, avec son milliard de croyants, en veut vraiment à notre mode de vie et à la paix dans le monde ? Dans ce livre lumineux, qui éclaire sans prétendre tout résoudre, Adrien Candiard explique pourquoi, en ce qui concerne l’islam, rien n’est simple. Une lecture dont on sort heureux d’avoir, enfin, compris quelque chose.

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En finir avec la tolérance ?

ToléranceAdrien Candiard, En finir avec la tolérance ? Différences religieuses et rêve andalou, P.U.F., Paris, 2014, 108 p.

La place importante de l’islam dans l’Europe d’aujourd’hui vient bouleverser le modèle de tolérance hérité des Lumières, fondé sur la mise à l’écart des vérités religieuses jugées nécessairement irrationnelles. De cette tolérance, al-Andalus apparaît souvent comme le modèle : sous la conduite de penseurs rationalistes, comme Averroès, l’Espagne musulmane médiévale serait parvenue à l’harmonie entre les religions, au prix d’une séparation nette entre les croyants.
Au-delà des imprécisions historiques propres aux mythes, cette légende se trompe sur l’essentiel. Car l’Espagne médiévale est d’abord un lieu où l’on discute avec passion de la vérité des doctrines religieuses ; si l’on y dialogue, si l’on y traduit, si l’on y polémique, c’est que chacun pense avoir raison et pouvoir en convaincre l’autre.
La véritable leçon de l’Andalousie, pour nous, est peut-être là : le véritable respect ne cherche pas à gommer les différences pour parvenir au consensus. Il serait alors urgent de faire revenir les questions religieuses dans le cercle de la raison, dont on les a exclues un peu hâtivement.

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