L’émergence du ḥadīṯ comme autorité du savoir entre le 4ᵉ/10ᵉ et le 8ᵉ/14ᵉ siècles

Les 11, 12 et 13 janvier, l’Institut dominicain a organisé en partenariat avec l’Institut français un colloque international dédié au Ḥadīṯ. Nos deux intervenants invités étaient Dr. Aisha Geissinger (Université Carleton, Ottawa, Canada) et Prof. Walid Saleh (Université de Toronto, Canada). Le premier jour ont été présentés 7 interventions en arabe, le deuxième jour, 5 interventions en anglais, et le troisième se sont tenus deux ateliers, un en arabe et un anglais. Voici les points principaux qui ont été discutés durant les ateliers et la séance de conclusion :

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Personne ne sera sauvé si tous ne sont pas sauvés

Guillaume de Vaulx

Docteur en philosophie et membre de l’Idéo

icon-calendar 12 décembre 2017

Il est impossible de tenir à la fois les trois affirmations suivantes : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés », « Dieu indique aux hommes un chemin de salut » et « Quiconque ne suit pas ce chemin ne peut être sauvé ». Soit Dieu veut le salut de tous, auquel cas il ne peut pas imposer un seul chemin de salut ; soit il impose un chemin particulier, auquel cas il prend le risque que certains ne le suivent pas. Et dans tous les cas, quel que soit le chemin révélé, il ne l’est qu’à un groupe donné, à une époque donnée, condamnant ceux qui vivaient avant ou loin de cette révélation.

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Les plans de la cité des morts au Caire

Ahmed Gomaa

Docteur de l’Université d’al-Azhar

icon-calendar 28 novembre 2017

 La ville du Caire a cette particularité étonnante d’inclure des quartiers de cimetières dans lesquels on trouve aussi des mosquées, des écoles coraniques, des hammams et des palais, ce qui émerveille Ibn Ǧubayr (m. 614/1217) dans sa Riḥla. Cette situation qui a commencé par un concours de circonstances à l’époque fatimide, à partir du 4ᵉ/10ᵉ siècle, est devenu un choix conscient avec les Mamlouks, qui y construisent délibérément des maisons au calme à partir du 7ᵉ/13ᵉ siècle.

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Le mot āmīn en arabe

Jean Druel

Directeur de l’Idéo

icon-calendar 7 novembre 2017

Dans son bref traité intitulé Une lueur dans le débat sur le mot āmīn utilisé dans la supplication et ses règles en arabe, Ibn al-Ḫaššāb al-Baġdādī (m. 567/1172) présente l’état de l’art de la connaissance grammaticale sur le mot āmīn à son époque. Tous les grammairiens reconnaissent que āmīn n’est pas un mot arabe mais hébreu (ou persan, ou syriaque), alors même qu’il est bien attesté dans le Ḥadīṯ : le Prophète et ses compagnons concluaient la récitation de la première sourate, al-Fātiḥa, par āmīn. Cette situation a provoqué la curiosité des commentateurs coraniques et des grammairiens, qui ont étudié les questions suivantes : la validité des deux formes, longue et courte (āmīn et amīn) ; la catégorie grammaticale à laquelle appartient āmīn ; sa signification ; et la possibilité que āmīn soit un nom de Dieu.

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Certitude et probabilité, de la théologie aux sciences ‘servantes’

Ahmad Wagih

Docteur en philosophie islamique, Faculté de ​​Dār al-ʿUlūm, Université du Caire

icon-calendar 18 octobre 2017

Les théologiens musulmans (al-mutakallimūn) ont développé les catégories épistémologiques du « certain » (qaṭʿī) et du « probable » (ẓannī) pour construire leur argumentation théologique et classifier et évaluer les connaissances. En pratique, cependant, chaque école théologique est arrivée à des conclusions différentes sur ce qui est certain et ce qui est problable dans leurs connaissance, conduisant à des différences entre elles sur la définition même de « certitude » et « probabilité ».

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Une campagne de fouilles dans un château omeyyade

Jean-Baptiste Humbert

Archéologue à l’École biblique et archéologique de Jérusalem

icon-calendar  2 mai 2017

L’archéologie est faite de hasards et de surprises. C’est en recherchant des traces du peuple araméen, souvent cité dans la Bible mais mal connu, que frère Jean-Baptiste Humbert s’est intéressé en 1986 au site de Mafraq, au nord de la Jordanie.

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Un tournant épistémologique : de la sunna à la šarīʿa puis la rupture de l’époque moderne

Rocio Daga Portillo

Professeur d’islamologie à l’université de Munich

icon-calendar  28 mars 2017

Il est frappant de constater que dans le Coran et les textes les plus anciens, c’est le terme de sunna qui est utilisé plutôt que celui de šarīʿa en référence à la loi. La sunna signifie alors la loi orale transmise par la tradition et les anciens. Elle fait partie, pour les auteurs chrétiens et musulmans, de la révélation non écrite. À partir du XI siècle, un tournant épistémologique a lieu : la sunna est canonisée en tant que texte écrit et la šarīʿa prend alors le sens de loi musulmane, à côté de l’expression aḥkām al-islām. Chez des auteurs modernes comme Ḥasan al-Bannā et Sayyid Quṭb, le terme de šarīʿa est progressivement utilisé dans le sens d’un corpus de lois écrites.

La première édition du commentaire d’al-Tilimsānī sur le poème deʿUmar ibn al-Fāriḍ

Giuseppe Scattolin

Professeur de mystique musulmane et d’islamologie

Avec M. ʿAbd al-Samīʿ Salāma, éditeur de manuscrits à la Bibliothèque nationale égyptienne

 14 février 2017

Le commentaire d’al-Tilimsānī (m. 690/1291) du poème deʿUmar ibn al-Fāriḍ (m. 632/1235) intitulé al-Tāʾiyya al-kubrā est l’un des plus anciens commentaires de ce poème, après celui de Saʿīd al-Dīn al-Farġānī (m. 699/1300). Al-Farġānī et al-Tilimsānī vécurent à la même époque à Konya et furent disciples de Ṣadr al-Dīn al-Qūnawī (m. 673/1274), le disciple préféré de Muḥyī al-Dīn Ibn ʿArabī (m. 638/1240). Ce commentaire éclaire donc les débuts de la série des šuruḥ al-akbariyya du dīwān d’Ibn al-Farīḍ.

Giuseppe Scattolin et ʿAbd al-Samīʿ Salāma ont édité ce commentaire à partir du seul manuscrit connu (Dār al-Kutub 1328 Taṣawwuf Ṭalʿat). Il apparaît clairement, à la lecture du texte, qu’al-Tilimsānī a profité de son commentaire sur la Tāʾiyya al-kubrā pour critiquer certaines idées d’al-Farġānī, y compris aux dépens du texte de la Tāʾiyya et des positions d’Ibn al-Farīḍ sur le soufisme.

 

Les plus vieux manuscrits du Coran

Emilio Platti

Idéo, Professeur émérite de l’Université catholique de Louvain

 24 janvier 2017

Suite à la découverte de manuscrits extrêmement anciens du Coran, et à la datation au carbone 14 des folios de Birmingham entre 568 et 645 (soit entre 56 avant l’hégire et 25 après), les chercheurs dans leur majorité refusent aujourd’hui les datations tardives des manuscrits coraniques les plus anciens proposées par exemple par John Wansbrough dans son livre intitulé Quranic studies (Oxford University Press, 1977). Patricia Crone et Michael Cook avaient eux aussi suggéré qu’il n’existait aucune indication de l’existence de corans avant la fin du 1er/7e siècle (Hagarism, Cambridge University Press, 1977). Il semblerait aujourd’hui qu’une meilleure datation serait plus proche du milieu du 1er/7e siècle, voire même avant cette date.

La découverte à Ṣanʿāʾ en 1972 de très anciens manuscrits coraniques a suscité de nouvelles recherches, et les photographies ultraviolettes qui sont aujourd’hui possibles ont révélé que l’un de ces codex est en réalité un palimpseste, c’est-à-dire qu’il contient un texte plus ancien qui a été effacé et remplacé par un texte plus récent. Une première édition de ce texte effacé a été publiée par Behnam Sadeghi et Mohsen Goudarzi dans Der Islam 87 (2010) sous le titre « Ṣanʿāʾ 1 and the origin of the Qurʾān » et une analyse de ce manuscrit a été publiée entre 2008 et 2014 par Elizabeth Puin sous le titre « Ein früher Koranpalimpsest aus Ṣanʿāʾ ». Une nouvelle édition du texte doit sortir le 28 février 2017 par Asma Hilali chez Oxford University Press sous le titre The Sanaa palimpsest. Malheureusement, ces deux éditions ne contiennent le texte que des 36 folios du manuscrit de Dār al-Maḫṭūṭāt  (Ṣanʿāʾ) et pas les 40 autres folios du même codex qui ont été récemment trouvés à la Maktaba al-Šarqiyya (toujours à Ṣanʿāʾ).

Il est intéressant de noter que cette version plus ancienne qui a été effacée semble être, à ce jour, la seule parmi toutes les copies du Coran qui diffère de la version canonique de ʿUṯmān. Après l’unification du texte Coranique par ʿUṯmān, les versions divergentes ont en effet été supprimées et remplacées par le texte canonique. Le palimpseste de Ṣanʿāʾ est une preuve convaincante que différentes versions de l’époque des compagnons du Prophète ont réellement existé, ce qui était bien connu de la tradition musulmane médiévale, représentée entre autres par le Kitāb al-maṣāḥif d’Ibn Abī Dāwūd.

L’archéologie et l’eau au Maroc médiéval

Thomas Soubira

Archéologue, doctorant à l’Université de Toulouse

 19 décembre 2016

Fouillé par une équipe franco-marocaine, le site de Sidjilmasa, « port » du commerce transsaharien entre le VIIIe et le XVe siècles, se distingue par ses vestiges hydrauliques. Observables sur l’ensemble des zones de fouilles, ces structures pouvant être associées au captage, à l’adduction, au stockage de l’eau, ainsi qu’à l’évacuation des eaux usées, témoignent de la créativité humaine et de la grande diversité des techniques employées pour la gestion d’une ressource si précieuse en zone aride.

Situé dans la plaine du Tafilalet, le site est occupé depuis la préhistoire. La ville de Sijilmasa—ou plus probablement l’agglomérat de maisons fortifiées—est fondée vers la moitié du VIIIe siècle par la tribu berbère des Banū Midrār et est le point de convergences de nombreuses routes caravanières. Léon l’Africain (m. 957/1550) la décrira comme ruinée au début du XVIe siècle.

À la fin du XVIIIe siècle, cette même zone oasienne est aussi le berceau de la dynastie alaouite actuellement au pouvoir au Maroc. Le site de Sijilmasa ne fut préservé de la disparition que parce qu’il a été réutilisé comme cimetière par les alaouites.