Islam du Coran, Islam du Hadith : dépasser le clivage entre les « nouveaux penseurs de l’Islam » et les « oulémas »

Youssouf Sangaré

Université de Clermont-Auvergne

icon-calendar Dimanche 21 juin 2020

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Le théologien chiite irakien al-Sayyid Kamāl al-Haydarī (né en 1956) est l’un des théologiens les plus actifs sur les réseaux sociaux, où il est très suivi. Il fait le constat dans ses écrits que l’Islam d’après la mort du Prophète est un Islam sectaire et que le Ḥadīṯ reflète largement ces querelles nées autour de la question de la succession du Prophète. Al-Haydarī n’est pas un « coraniste » pour autant, au sens où il ne rejette pas le Ḥadīṯ. Il constate seulement que le Coran est pluriel et qu’il fonde une culture du pluralisme (iḫtilāf). Al-Haydarī en tire le principe que le pluralisme est une « tradition divine » (al-iḫtilāf sunna ilāhiyya). Ceci implique que les divisions entre chiites et sunnites, par exemple, sont légitimes. Dans ce cadre, l’effort personnel d’interprétation (iǧtihād) doit permettre de mettre en œuvre cette « culture du pluralisme ».

Les « hommes de religion » dans l’Islam contemporain (années 1970‒2010)

Dominique Avon
Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), Directeur adjoint de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et membre de l’Idéo

icon-calendar Dimanche 3 novembre 2019

 

Alors que la conjoncture interne au monde musulman était favorable au début des années 70 (indépendance retrouvée face aux colonisateurs, formation des élites religieuses en Occident, unité de vues autour d’un projet de constitution d’État islamique…), ce sont les divisions internes qui ont dominé à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 (révolution iranienne, traité de paix égypto-israélien, prise de la Grande Mosquée de la Mecque, assassinat de Sadate…)

S’il est évident que des facteurs extérieurs expliquent en partie la crise que traverse le monde musulman (occupation israélienne, guerres du Golfe successives…), il faut aussi prendre en compte la profondeur des divisions internes au monde musulman. Trois questions peuvent illustrer ces divisions : la question des mœurs (faut-il préserver l’intégralité des lois islamiques, et si oui, faut-il les appliquer réellement, ou bien faut-il renoncer à préserver ces lois et en abandonner officiellement certaines parties ?), la question du régime politique islamique idéal (califat, royauté, république ?), et la question du rapport au passé (retour vers un passé idéal, sélection et réinterprétation ?)

La vive opposition actuelle entre l’Union mondiale des savants musulmans et le Conseil des sages musulmans reflète ces divisions et seul l’avenir pourra dire quel chemin les musulmans choisiront de prendre.

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Perspectives musulmanes sur le dialogue interreligieux

Djamel Djazouli, Denis Gril et Omero Marongiu-Perria

Une table ronde animée par le frère Adrien Candiard (Idéo)

À l’Institut français d’Égypte

icon-calendar Vendredi 30 novembre 2018

S’il est vrai que le dialogue interreligieux a longtemps été à l’initiative des chrétiens, des voix musulmanes de plus en plus nombreuses se font aujourd’hui entendre, qui appellent à retrouver les fondements proprement coraniques et prophétiques de la rencontre avec les non-musulmans. Le frère Adrien Candiard, doctorant en études islamiques, a animé une table-ronde entre trois intellectuels musulmans francophones : Djamel Djazouli, spécialiste du Coran et directeur de l’Institut an-Nour à Cergy-Pontoise, Denis Gril, spécialiste du soufisme et professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, et Omero Marongiu-Perria, sociologue des religions et chercheur à l’Institut du pluralisme religieux et de l’athéisme (IPRA).

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Si le message coranique est centré sur l’unicité de Dieu, c’est pour mieux mettre en avant la diversité que Dieu a voulue pour l’humanité, une diversité humaine de communautés et de rites qui seule peut exprimer la richesse de l’unicité divine. Au-delà des dialogues que nous pouvons avoir entre nous, et de manière plus fondamentale, Dieu est en dialogue avec l’univers.

Cette infinie profondeur divine ne peut se dire en mots simples et univoques, c’est pourquoi les versets du Coran prennent souvent la forme de paradoxes, tenant en même temps des expressions apparemment contradictoires : le Coran est la vérité ultime et Dieu seul sait qui est bien guidé ; ou encore la religion unique est l’islam et le Prophète Muḥammad intercédera pour toutes les communautés lors du jugement.

Nous sommes donc appelés à revoir nos conceptions de ce qu’est la vérité, non pas comme un contenu univoque qu’on pourrait asséner aux autres mais une réalité que chacun doit recevoir, face à laquelle chacun doit se positionner et faire des choix qui seront nécessairement différents pour chacun. L’islam appelle donc chacun à avancer sans crainte sur ce chemin qui conduit à Dieu, et à poser des choix en dialogue les uns avec les autres.