Les sciences de l’Islam, entre répétition et innovation : qu’est-ce commenter en Islam?

icon-calendar 14‒16 janvier 2016

À partir du 8ᵉ/14ᵉ siècle, le commentaire est la forme par excellence de la production intellectuelle en Islam, conséquence de la professionnalisation de l’enseignement, qui culmine dans le réseau ottoman des madrasa-s. On entend ici commentaire au sens large (tafsīršarḥḥāšiyataʿlīq, mais aussi taḥqīqtaqrīrtaḥrīr…)

L’Idéo a organisé les 14, 15 et 16 janvier 2016 un colloque sur le thème « Les sciences de l’islam, entre répétition et innovation : qu’est-ce commenter en islam ? » Ce colloque venait conclure le Projet des 200 financé par la Délégation de l’Union européenne en Égypteoù trois années durant, une équipe de chercheurs de l’Idéo a travaillé sur la contextualisation historique de deux cents auteurs du patrimoine arabo-musulman.

Omar Ḥamdān montre que les commentaires permettent une meilleure connaissance des auteurs du patrimoine arabo-musulman dont certains sont méconnus ou dont les écrits sont perdus. Dans un souci d’exhaustivité, ils permettent ainsi de compléter le champ des premiers ouvrages biographiques et bibliographiques. Si Nadjet Zouggar montre que la diversité des commentaires du Poème de l’âme d’Avicenne permet d’appuyer la thèse de l’authenticité d’un texte dont on a parfois douté de son intégration au corpus avicennien, sa recherche confirme surtout le caractère inadapté de la distinction épistémologique entre la philosophie et la théologie dans le monde musulman, et tend ainsi à corroborer la thèse de Winovsky.

En outre, loin d’être des corpus purement répétitifs et stériles, les contributions ont montré que les commentaires permettent non seulement de maintenir une tradition vivante, mais ils témoignent aussi, comme le montre Kamran Karimullah à propos d’Avicenne, de l’influence persistante de sa pensée pour la médecine arabe. L’étude terminologique entreprise par Nicola Carpentieri permet par ailleurs de montrer que si certains termes des commentaires de la médecine arabe avaient pu être considérés comme interchangeables, une étude serrée montre qu’ils ont au contraire une définition précise et qu’il est possible de repérer les mutations de sens au cours du temps. L’étude de Philipp Bruckmayr, à partir des commentaires dans le sud-est asiatique du Umm al-barāhīn, profession de foi d’Abū ʿAbd Allah al-Sanūsī, montre que les commentaires peuvent donner naissance, en fonction des lieux où ils sont nés, à un nouveau genre littéraire. Cette capacité du commentaire à revivifier une tradition est aussi abordée et soutenue par Éric Chaumont à propos des traités de fiqh. Enfin, Jan Thiele rend compte des liens entre deux œuvres majeures du kalām de la première moitié du 6e/12e siècle et montre que la Nihāya d’al-Makkī doit d’abord être considérée comme une œuvre de recompilation et non comme un ouvrage indépendant.

Les discussions durant le colloque ont montré qu’il y avait deux manières opposées de considérer les textes du patrimoine arabo-musulman : du point de vue de leur unité (vision plus théologique qui met en avant la cohérence interne des sciences islamiques) ou du point de vue de leur évolution (vision plus historique qui permet de mesurer l’apport de chaque auteur en fonction du contexte où il a vécu).

Les actes de ce colloque ont été publiés dans le MIDÉO 32 (2017).

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