La réception du Kitāb de Sībawayh en Occident

Jean Druel

icon-calendar Septembre 2015 ‒ septembre 2020

Couv SibawayhDans sa thèse de doctorat (1992, publiée en 1995 sous le titre Les voies de la transmission du Kitāb de Sībawayhi, Brill) Geneviève Humbert a révélé l’existence d’un parchemin d’Afrique du Nord (Kairouan ?) du  Kitāb de Sībawayh, daté probablement du 5e/11e siècle. C’est un parchemin très rare qui contient en gros un sixième du Kitāb (les chapitres 327 à 435 de l’édition Derenbourg).

Geneviève Humbert a étudié de façon très détaillée l’histoire de la transmission du Kitāb, aussi bien en Orient qu’en Occident et, selon elle, ce parchemin contient une version du Kitāb assez différente de la version « officielle » mise en circulation par al-Mubarrad (m. 285/898). En particulier, il semble que le « corpus canonique des gloses internes » que l’on trouve dans tous les autres manuscrits n’ait pas intégré son matn.

Voici, toujours selon Geneviève Humbert, les noms des grammairiens andalous qui ont joué un rôle important dans la transmission du Kitāb en Occident.

  • Abū ʿAbd Allāh Muḥammad b. Yaḥyā al-Rabāḥī (m. 358/969) qui a rapporté en Andalousie un exemplaire du Kitāb qu’il avait lu au Caire devant Abū al-Qāsim Ibn Wallād (le frère d’Abū al-ʿAbbās, m. 332/944) et Abū Ǧaʿfar al-Naḥḥās (m. 338/950?).
  • Abū Naṣr Hārūn b. Mūsā (m. au début du 5e/11e siècle), qui a étudié avec al-Rabāḥī (m. 358/969) et Abū ʿAlī al-Qālī (m. 356/967), et dont la version du Kitāb a beaucoup circulé en Andalousie.
  • Abū Bakr ʿAbd Allāh b. Ṭalḥa al-Yābūrī (m. 517/1123) qu’al-Zamaḫšarī (m. 538/1144) a rencontré à la Mecque et avec qui il a comparé son exemplaire du Kitāb.
  • Ibn Ḫarūf (m. vers 609/1212) a trouvé l’exemplaire d’Abū Naṣr Hārūn b. Mūsā et l’a comparé avec un exemplaire personnel d’Abū ʿAlī al-Fārisī (m. 377/987) qu’il avait trouvé en Syrie.

Dans cette recherche, Jean Druel ne s’intéressera pas à la transmission du texte comme le fit Geneviève Humbert, mais aux enseignements grammaticaux qu’on peut tirer de cette différente version du texte. Ce parchemin particulier contient-il des lectures significativement différentes ? Jette-t-il une lumière nouvelle, non pas seulement sur la réception du Kitāb, mais sur les enseignements de Sībawayh ?

Les modèles post-libéraux du pluralisme religieux

Rémi Chéno

Après une courte incursion dans la logique jaïna et son modèle du statut de l’énonciation dans un débat, Rémi Chéno poursuit ses recherches sur la possibilité d’une approche pluraliste des religions.

Dans son ouvrage célèbre, The Nature of Doctrine, 1984, George Lindbeck avait opposé le modèle culturo-linguistique, qu’on appelle désormais modèle post-libéral, au modèle cognitif propositionnel de la métaphysique classique et au modèle expérientiel expressif de la théologie libérale. À un premier examen, ces trois modèles renvoient respectivement à trois théories différentes de la vérité : la théorie pragmatique, la théorie réaliste de la correspondance et la théorie idéaliste de la cohérence. Mais ces associations ne fonctionnent que de façon approximative. Continuer la lecture Les modèles post-libéraux du pluralisme religieux

Théologie musulmane des religions

Appel à contributions : MIDÉO 33 (2018)

Islam et religions. La thématique n’est pas nouvelle. À l’époque du Early Islam, elle renvoie aux relations et interactions entre musulmans et non musulmans. Elle s’inscrit aux premiers siècles de l’islam dans le cadre de traités sur les dogmes et les pratiques des différentes « sectes » et religions. Elle répertorie les multiples Réfutations (rudūd) à l’égard des juifs, chrétiens, zoroastriens ou factions musulmanes hétérodoxes et traite de la question juridique (fiqh) des droits et des devoirs des non-musulmans et de ceux des musulmans, de part et d’autre1.

Depuis les années quatre-vingt, sous l’influence notamment de la théologie chrétienne, la question fait l’objet d’une étude renouvelée. Il s’agit d’interroger la vision du Coran, de la Sunna ou de tels penseurs musulmans à l’égard des non musulmans et de leurs religions. Dans cette perspective, certains ont cherché à évaluer si les paradigmes de l’exclusivisme, de l’inclusivisme et du pluralisme mis en avant au sein d’une théologie chrétienne des religions pouvaient être mobilisés pour rendre compte des visions de l’islam sur les religions non musulmanes2. Ainsi, des penseurs ou des philosophes interrogent le Coran et mettent d’ores et déjà en lumière l’existence de versets « pluralistes »3.

Une théologie musulmane des non musulmans et des religions se dessine. Nombreuses questions lui sont liées, classiques au demeurant : Quel rôle Dieu attribue-t-il ou attend-il des non musulmans ? Comment juge-t-il les actes accomplis par un non musulman en vue de le servir ou de servir l’humanité4 et quelle valeur attribuer à sa religion dans la transmission de vertus spirituelles ? Quel est le statut théologique et juridique des livres des autres religions5 ? Peut-on envisager le salut pour le non musulman et sa religion comme une voie de salut6 ?

Le MIDÉO 33 (2018) consacre un dossier à cette thématique et accueille la publication d’articles ou d’éditions de texte qui permettent de contribuer à la mise en perspective d’une théologie musulmane des religions.

Calendrier

Les articles doivent être soumis à la direction du MIDÉO en format .doc et .pdf avant le 1er avril 2017 à en suivant scrupuleusement les recommandations stylistiques de la revue. Après lecture « en aveugle » par deux rapporteurs, les auteurs sont informés dans les trois mois qui suivent de l’acceptation ou non de leur article. Les épreuves sont corrigées à l’automne 2017 et la publication est prévue pour le premier trimestre 2018.

(1) Yohann Friedmann, Tolerance and Coercion in Islam Interfaith Relations in the Muslim Tradition, Cambridge University Press, 2006.
(2) Mahmoud Ayoub, ‘‘Islam and the Challenge of Religious Pluralism” in Global Dialogue 2, 1, Winter 2000, p. 53‒64.
(3) Adnane Mokrani, « Le pluralisme religieux dans le Coran », MIDÉO 28, 2010, p. 279‒293.
(4) Mortaza Motahari, Divine Fair, Tehran, Sadra Publication, 2000.
(5) Camilla Adang, Muslim Writers on Judaism and the Hebrew Bible: From Ibn Rabban to Ibn Hazm, Leiden, 1996 ; Éric Chaumont, « Nous et la loi des autres : La question du statut des lois antérieurement révélées (sharʿ man kāna qablanā) en théorie légale sunnite » dans Droits et culture, Mélanges en l’honneur du Doyen Yadh Ben Achour, Tunis, Centre de publication universitaire, 2008, p. 83-105.
(6) Emmanuel Pisani, « Hors de l’islam point de salut ? Eschatologie d’al-Ġazālī », MIDÉO 30, 2014, p.139-184.

Comprendre l’islam

comprendreAdrien Candiard, Comprendre l’islam. Ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, Paris, Flammarion, 2016.

Depuis des années, nous sommes abreuvés d’informations et d’opinions sur l’islam. L’actualité tragique du monde comme les mutations profondes de la société française, tout ne cesse de pointer vers cette religion à laquelle journaux, sites Internet et émissions de télévision consacrent tant de décryptages. Pourtant, le paradoxe est là : plus on l’explique, moins on le comprend. Pourquoi peut-on dire sur l’islam tant de choses contradictoires ? Et pour connaître son “vrai visage”, comment s’y prendre ? Suffit-il de lire le Coran ? Peut-on enfin savoir si cette religion, avec son milliard de croyants, en veut vraiment à notre mode de vie et à la paix dans le monde ? Dans ce livre lumineux, qui éclaire sans prétendre tout résoudre, Adrien Candiard explique pourquoi, en ce qui concerne l’islam, rien n’est simple. Une lecture dont on sort heureux d’avoir, enfin, compris quelque chose.

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Quand les soufis parlent aux chrétiens

soufisAlberto Fabio Ambrosio, Quand les soufis parlent aux chrétiens. À la rencontre d’un islam fraternel, Paris : Bayard, 2016.

« L’islam qui se donne en spectacle aujourd’hui n’est probablement que la parodie — très triste — d’une véritable religion », écrit Alberto Fabio Ambrosio. S’inspirant audacieusement de la parabole évangélique du Bon Samaritain, l’auteur nous propose alors de voir dans l’homme roué de coups par des brigands cet islam défiguré par de prétendus coreligionnaires. Véritable exercice spirituel qui nous entraîne, dans une perspective interreligieuse, à l’épreuve du dialogue. Et si nous avions à nous reconnaître comme le prochain de cet islam martyrisé ? C’est-à-dire, en suivant le renversement évangélique, à exprimer le besoin de foi envers l’autre, et à envisager ce rapport d’aide sous l’angle d’une amitié en devenir. Ce dialogue mystique, l’auteur le conduit en explorant la voie du soufisme, au service d’un islam et d’un christianisme proches et fraternels.

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L’islamisme

islamismeEmilio Platti, L’islamisme, collection « Que penser de… ? », n° 89, Éditions Fidélité, Paris – Namur, 2016, 120 p.

Le radicalisme musulman, appelé « islamisme », est à mettre en lien avec la pluralité de groupes et de mouvements qui se rattachent à l’islam. S’il est multiforme, il a des bases idéologiques assez claires. Il a pris naissance non seulement en Arabie et en Égypte, mais aussi dans le sous-continent indien. Il s’agit de revitaliser la communauté musulmane, trop longtemps obsédée par la modernité à l’occidentale. Pour atteindre ce but, les islamistes propagent une identité simple, avec une pratique bien définie, qui rendrait la communauté musulmane homogène, en éliminant toute pluralité — or, l’islam est amplement pluriel — et en usant parfois d’une violence extrême. Les mouvements qui adhèrent à ce courant de pensée et d’action se caractérisent par un exclusivisme excessif, qui n’est pas uniquement anti-occidental.

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