L’histoire de la dévotion au prophète Muḥammad à travers ses manuscrits

N. A. Mansour

Doctorante à l’Université de Princeton

icon-calendar Mercredi 13 novembre 2019

N. A. Mansour, dont la thèse de doctorat porte sur le passage du manuscrit au livre imprimé, s’est concentrée durant ce séminaire sur ce qui est probablement le livre le plus populaire dans la tradition islamique : Dalāʾil al-ḫayrāt wa-šawāriq al-anwār fī ḏikr al-ṣalāt ʿalā al-nabī al-muḫtār, un recueil de prières pour le Prophète, compilé par un soufi et faqīh marocain, Muḥammad b. Sulayman al-Ǧazūlī (m. 870/1465). Les nombreux manuscrits de ce livre de piété, disent les érudits, représenteraient environ 30 % de tous les manuscrits arabes. Il est encore très populaire, même si le développement du salafisme a été un obstacle à sa diffusion. Ces manuscrits sont souvent d’un grand intérêt pour le chercheur, quand ils contiennent des prières copiées à la fin du texte, des commentaires marginaux (le plus souvent grammaticaux) ou des conseils sur l’usage qu’il convient de faire de telle ou telle prière. Le succès de l’ouvrage en fait un témoin important des thématiques diffusées dans la piété populaire : non seulement la place de la figure du Prophète, mais aussi la glorification de Dieu à travers ses attributs ou la place du croyant dans la cosmologie ou l’histoire du salut.

Les « hommes de religion » dans l’Islam contemporain (années 1970‒2010)

Dominique Avon
Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), Directeur adjoint de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et membre de l’Idéo

icon-calendar Dimanche 3 novembre 2019

 

Alors que la conjoncture interne au monde musulman était favorable au début des années 70 (indépendance retrouvée face aux colonisateurs, formation des élites religieuses en Occident, unité de vues autour d’un projet de constitution d’État islamique…), ce sont les divisions internes qui ont dominé à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 (révolution iranienne, traité de paix égypto-israélien, prise de la Grande Mosquée de la Mecque, assassinat de Sadate…)

S’il est évident que des facteurs extérieurs expliquent en partie la crise que traverse le monde musulman (occupation israélienne, guerres du Golfe successives…), il faut aussi prendre en compte la profondeur des divisions internes au monde musulman. Trois questions peuvent illustrer ces divisions : la question des mœurs (faut-il préserver l’intégralité des lois islamiques, et si oui, faut-il les appliquer réellement, ou bien faut-il renoncer à préserver ces lois et en abandonner officiellement certaines parties ?), la question du régime politique islamique idéal (califat, royauté, république ?), et la question du rapport au passé (retour vers un passé idéal, sélection et réinterprétation ?)

La vive opposition actuelle entre l’Union mondiale des savants musulmans et le Conseil des sages musulmans reflète ces divisions et seul l’avenir pourra dire quel chemin les musulmans choisiront de prendre.

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L’émergence de l’autorité de Muḥammad dans les Kutub al-maġāzī

Adrien de Jarmy

Doctorant à Sorbonne Université, boursier Idéo/Ifao 2019‒2020

icon-calendar Mercredi 31 octobre 2019

En s’appuyant sur une méthode quantitative qui compte les traditions se rapportant au Prophète et aux Compagnons et qui mesure leur distribution dans les ouvrages anciens de la tradition musulmane, Adrien de Jarmy tente de déterminer les seuils et les dynamiques politico-religieuses qui marquent l’évolution des représentations du Prophète. Ainsi, dans le Kitāb al-maġāzī du Muṣannaf de ʿAbd al-Razzāq al-Ṣanʿānī (m. 211/826), qui reprend à 96% des récits transmis par Maʿmar b. Rāšid (m. 153/770), le Prophète est avant tout un guerrier et il n’occupe pas une place aussi centrale que dans la Sīra d’Ibn Hišām (m. 213/828), où il est omniprésent, à la fois comme législateur et comme thaumaturge. Il semblerait qu’après la révolution ʿabbāside en 132/750, le pouvoir politique ait à la fois besoin de justifier son lien au Prophète, de légitimer sa capacité à gouverner et de convaincre les juifs et les chrétiens de se convertir à l’islam en encourageant l’émergence d’une historiographie impériale, ce qui n’était pas la priorité des Omeyyades. Il se peut aussi que le Muṣannaf de ʿAbd al-Razzāq, rédigé au Yémen, témoigne de préoccupations périphériques différentes de celles qui prévalent à Bagdad, tout en nous renseignant sur l’état de l’historiographie à la fin de l’époque omeyyade. Il se peut enfin que certains de ces récits viennent de traditions populaires orales (quṣṣāṣ) qui se seraient frayé un chemin dans les récits biographiques qui deviendront canoniques.

Le chiisme : clés historiques et théologiques

Ameer Jajé, Le chiisme : clés historiques et théologiques, Toulouse : Domuni Press, 2019, 172 pages.

Ameer Jajé retrace dans cet ouvrage les origines historiques, mythiques et théologiques des cérémonies propres au chiisme, l’une des principales minorités de l’Islam. C’est de la succession du Prophète, et des événements tragiques qu’elle a entraînés, que datent les divergences principales au sein de l’Islam entre sunnites et chiites, au cœur des conflits meurtriers qui secouent le Moyen-Orient aujourd’hui encore.
L’auteur enquête, particulièrement en Irak, sur les célébrations spectaculaires de l’Ashura (actes d’auto-flagellation, lamentations collectives), qui commémorent chaque année la mort du petit-fils du prophète Mahomet assassiné au VIIᵉ siècle.

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Un mot d’explication sur la langue et la grammaire du Coran

Dr. Abd al-Hakim Radi, Professeur de littérature arabe, de critique littéraire et de rhétorique à la Faculté des sciences humaines de l’Université du Caire et membre de l’Académie de la langue arabe au Caire

Frère Jean Druel, directeur de l’Idéo et chercheur en histoire de la grammaire arabe

icon-calendar Mardi 10 septembre 2019

Lors d’une conférence qu’il a donnée au mois de novembre dernier, le frère Jean Druel a esquissé une histoire de la langue arabe, en lien avec les autres langues sémitiques. Il a abordé la question du statut de la langue du Coran et son lien avec les autres phases historiques de la langue arabe, mettant en avant quelques-unes des spécificités de chacune de ces phases successives qui coexistent aujourd’hui dans l’usage.

Lors de ce séminaire, le Dr. Abd al-Hakim Radi a souhaité répondre à cette conférence du frère Jean, en s’attardant en particulier sur le statut de la langue du Coran et de son éloquence spécifique, qui culmine dans la question du miracle linguistique du Coran. Il a également abordé la question de la grammaire normative de la langue arabe et de son autorité pour juger la langue coranique. Il a expliqué que ce qui, dans le Coran, violait les règles de la langue arabe pouvait recevoir une justification authentiquement arabe, sans aucune contradiction grâce à la flexibilité de la langue arabe et à la diversité de ses dialectes anciens, qui sont tous authentiquement arabes et éloquents. Il a aussi expliqué que les savants musulmans ont largement traité de ces questions dans le passé.

Au final, la différence entre les deux chercheurs est que le frère Jean Druel aborde ces différents états de la langue arabe du point de vue de leur succession historique tandis que Dr. Abd al-Hakim Radi considère cette diversité linguistique au sein d’une langue unique sans histoire et sans développement.